‹ ThéâtreChapitre 46 sur 191 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

G I AN NINA, à part.

Pauvre, pauvre Saudro !

Haut.

C'est si beau que cela?

FILIPPO, mettant son violon à l'épaule.

Écoutez seulement comme il donne le /(/.

GIANNINA.

Oh! jouez donc un air! Je voudrais mieux l'entendre.

FILIPPO, à part.

En me priant ainsi, sa voix est presque tendre. Mon Dieu! pour mon succès ferait-elle des vœux?

Haut.

Vraiment, signorina, vous voulez?

GIANNINA.

Oui, je veux.

A part.

C'est l'unique moyen de savoir s'il se flatte Ou s'il dit vrai.

Je prends, s'il vous plaît, la sonate En sol, de Corelli?

GIANNINA.

Tout ce que vous voudrez.

FILIPPO, derrière le pupitre.

Écoutez bien cela.

Scène muette. Filippo exécute les premières mesures d'un thème majestueux et grave sur son violon, qui est d'une sonorité merveilleuse. Le visage de Giannina, qui l'écoute attentivement, ne tarde pas à exprimer une admiration douloureuse ; puis elle laisse tomber sa tète dans ses mains et fond en larmes. Filippo s'en aperçoit enfin et s'écrie :

Que vois-je? vous pleurez!

Ainsi je fais pleurer, moi qui faisais tant rire ! N'est-ce pas qu'on dirait une voix qui soupire? Et n'est-ce pas que l'art est consolant et beau, Puisque ce malheureux bossu, ce Filippo Qu'ils accablaient tantôt de rires et de pierres, A pu faire germer des pleurs sous vos paupières? Oh! non, je ne suis plus le paria d'hier, J'ai le droit de lever la tête et d'être fier : Je vous ai fait pleurer! mais ceci me dispense, Giannina, d'autre gloire et d'autre récompense, Et nid prix ne serait pour moi plus précieux Que les chers diamants qui tombent de vos yeux!

GIANNINA.

Arrêtez... Je ne puis vous tromper davantage. Je comprends votre orgueil d'artiste et le partage Gomme j'ai partagé naguère vos douleurs; Mais ce n'est pas cela qui fait couler mes pleurs.

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