‹ ThéâtreChapitre 47 sur 191 · SCENE VU. SI · texte numérisé non relu

SCENE VU. SI

FILIPPO

Et qu'est-ce donc?

GIANNINA.

Je vais vous faire de la peine ; Mais vous aurez pitié de moi, j'en suis certaine, Quand je vous aurai dit, mon bon, mon vieil ami, Que j'avais un amour dans le cœur, que parmi Les rivaux je rêvais le succès pour un autre... Et que tout mon bonheur est détruit par le vôtre.

FILIPPO

Ali ï

GIANNINA.

C'est qu'il ne faut pas en être trop fâché, Voyons!... j'ignorais tout, vous m'aviez tout caché. Je vous croyais encore un ouvrier novice ; C'était tout naturel, après tout, que je fisse Des souhaits debonheurpour l'homme que j'aimais, Si j'avais su la chose, ah! je vous le promets, Je ne me serais pas sans effort décidée Entre vous deux; j'aurais accepté cette idée Que vous pouviez avoir plus de talent que lui... Enfin, je n'aurais pas pleuré comme aujourd'hui.

FILIPPO, désignant la porte par où est sorti Sandre.

Vous aimez?

théâtre. — h. G

GIANNINA, à voix basse.

Oui!

Sandro?

GIANNINA.

Voyez ! je vous confie Sans hésitation le secret de ma vie...

Il nourrissait aussi l'espoir de réussir, Et c'était, j'en conviens, mon plus ardent désir; Mais maintenant, après ce que je viens d'entendre, Je vois bien qu'à ce prix il ne doit plus prétendre, A ce prix qui servait notre amour mutuel. Perdre un si cher espoir, n'est-ce pas? c'est cruel. Oh! mon chagrin n'a pas d'amertume ; au contraire, Car c'est mon compagnon d'enfance, c'est mon frère Qui doit avoir ce prix et qui l'a mérité... Mais c'est plus fort que moi... Pardon!...

Elle pleure abondamment.

FILIPPO

En vérité, Je souffre autant que vous, et je vous en supplie...

GIANNINA, avec un effort.

Oh! oui, c'est mal, je suis bien injuste... j'oublie Votre infortune, à vous, et je ne songe pas

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