SCENE II
RAYMOND
Oh ! que vous êtes donc bonne d'être venue ! Je désespérais.
LA COMTESSE
Quoi? puisque j'avais promis !
D'abord je tiens toujours parole à mes amis.
RAYMOND
J'en suis donc un pour vous?
LA COMTESSE
Vous l'ignoriez?
Madame, J'ai vingt-huit ans passés, mais je garde dans l'âme La crainte de moi-même et la timidité.
Tout à l'heure — ne m'en veuillez pas î — j'ai douté. Je songeais : « C'est peut-être un caprice d'une heure. Qu'ont de si curieux ce coin où je demeure, Ce simple intérieur, ce travail commencé? Viendrait-elle pour moi tout seul? C'est insensé ! Elle m'a bien promis ; mais le désir frivole Du cœur, comme l'oiseau de la branche, s'envole. » Si bien qu'avant d'avoir reconnu votre pas, Je désirais beaucoup, mais je n'espérais pas.
LA COMTESSE
Eh bien, c'était très mal de douter d'une amie! Voilà tout.
RAYMOND
Pardonnez-moi donc cette infamie.
LA COMTESSE
Je pardonne, et demande un fauteuil.
RAYMOND
Il est tel, Le trouble où vous jetez un trop heureux mortel, Que j'oubliais...
LA COMTESSE, s'asseyant.
C'est bien, je vous pardonne encore.
Est-ce assez de bonté?
RAYMOND
Tenez, je vous adore !
Et vous êtes timide?
RAYMOND
Hélas !
LA COMTESSE
Il y parait.