SCÈNE II
RAYMOND
J'ai bien d'autres défauts.
LA COMTESSE
Par exemple?
RAYMOND
Indiscret; Et je vais tout d'abord vous faire une demande. Gomment ai-je obtenu cette faveur si grande De vous avoir une heure, à moi tout seul? Pourquoi, Comtesse, avez-vous bien voulu venir chez moi? Quel mérite ai-je donc?...
LA COMTESSE
Vous voulez qu'on vous dise
RAYMOND
Allons ! soit, j'ai fait une sottise.
LA COMTESSE
RAYMOND
Alors, pourquoi?
Par amour du danger.
Des choses!
Eh! non.
RAYMOND
Seulement?
LA COMTESSE
Je le dis pour vous faire enrager.
Mais je ne jouerai pas plus longtemps la coquette : Je ne suis pas, mon cher Raymond, une conquête, Et nul, pas plus que vous, ne peut, d'un air vainqueur. Se vanter d'avoir fait battre ce petit cœur. Ai-je un cœur, seulement? Plus d'une fois j'en doute. Je l'entends bien qui bat faiblement, je l'écoute, Et je me dis, rêveuse : « A quoi cela sert-il? » Mon chagrin vous paraît, sans doute, bien subtil. Je dois vous étonner, mon brave cœur sincère ! Mais je souffre l'exil d'une fleur dans la serre; Sans regrets ni désirs, comme elle, je languis. Ce monde des heureux, ce monde où je naquis, Que j'aimais autrefois et pour qui je suis faite, Ce monde qui m'entoure, et m'admire, et me fête, Il me semble à présent étroit comme un cachot. La loge de velours, le boudoir sombre et chaud, L'équipage élégant qu'un chiffre d'or blasonne, La chasse que l'on suit, svelte et noire amazone, Le grand bal où l'on traîne un cortège tremblant De danseurs décorés du gardénia blanc, Et les coins de salon où, s'écartant des danses,