SCÈNE VIII
Renoncer à mon œuvre en les changeant d'étuis.
Ce Sandro n'a pas l'âme assez musicienne
Pour distinguer d'abord mon œuvre de la sienne,
Lorsque l'on essaiera les instruments là-bas...
Je lui dirai plus tard... On ne rouvrira pas
Ces boîtes : on les porte au jury tout à l'heure...
Tant pis! Je ne veux plus que la pauvre enfant pleure;
Et toi, mon violon, tu ne dois plus périr,
Puisque tu peux encor l'empêcher de souffrir!
Courage! Rendons-lui ce suprême service.
Il ouvre les deux étuis, met le violon de Sandro dans l'étui rouge; puis, au moment de déposer le sien dans l'étui noir :
C'est pourtant un cruel et rude sacrifice!
Je n'aurais cru jamais — ô faibles cœurs humains —
Qu'on pût tenir autant au travail de ses mains,
Et que l'âme de feu d'un artiste eût en elle
Ce foyer de tendresse émue et paternelle.
Je t'aimais bien, ô cher ouvrage que je fis!
Adieu donc pour toujours, mon chef-d'œuvre, mon fils!
Je puis me pardonner ma faiblesse dernière,
Car dans ce coffre étroit et noir comme une bière,
Je crois, en te posant, tant j'ai le cœur en deuil !
Que c'est mon enfant mort que je couche au cercueil.
Il referme brusquement l'étui; puis, d'une voix sourde :
C'est fait!