‹ ThéâtreChapitre 49 sur 191 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

FILIPPO, seul, après un instant de méditation douloureuse.

Eh bien, quoi? Tout est dit... c'est un autre qu'elle aime. Et voilà d'un seul mot résolu le problème De mon bonheur... Un autre!... Oui, ce jeune ouvrier... Pourquoi pas, après tout? Vas-tu te récrier, L'accuser d'injustice et t'indigner contre elle? Mais, malheureux, la chose est toute naturelle. A son âge, un amant, comment le rêve-t-on? Pareil à ce jeune homme; et toi, triste avorton,

Qui fais sur ton chemin rire la populace,

Tu ne t'es donc jamais regardé dans la glace?

Et je n'ai rien vu, rien ! Aveugle ! Aveugle et fou !

Allons! va te cacher, bossu, dans quelque trou!

Elle aime ce Sandro! Qu'ils soient heureux ensemble!

Toi, va-t-en, souffre et meurs ! Oh ! quel vide ! Il me semble

Que quelque chose en moi s'est éteint pour toujours.

A quoi bon, maintenant, prendre part au concours?

A quoi bon, maintenant, ce triomphe illusoire?

Qu'en ferais-tu, rêveur, qui ne voulais la gloire,

Hélas! que pour lui plaire et t'en voir admirer,

Et qui n'as réussi qu'à la faire pleurer?

Je ne concourrai pas. — Ce Sandro, dans la ville,

Est, je pense, après moi, l'homme le plus habile.

Qu'il ait le prix, afin qu'elle ne pleure plus !

Prenant son violon.

Et toi pour qui j'ai fait tant d'efforts superflus, Inutile travail qu'à présent je méprise, Ainsi que mon espoir, il faut que je te brise.

S'arrêtant.

Mais quelle idée ! . .. Oh ! Dieu ! comme mon cœur est pris Si quelque autre ouvrier allait avoir le prix? S'il l'épousait?... C'est trop l'aimer! C'est ridicule!... Non ! c'est le dévouement qui s'offre, et je recule! Car ces deux instruments sont tout pareils ; je puis

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