SCENE VIII
II vendit à des juifs ses bijoux de famille Et paya les soldats, sans prévenir le roi !
JEAN, ù part.
Que dit-il ?
On gagna la bataille... Après quoi, Henri, qui sut le fait, désira, comme on pense, Donner au brave duc sa juste récompense. Mais votre aïeul, héros digne d'être Romain, — La chose est tout au long dans ce vieux parchemin Fait à Dieppe et timbré des armes de la ville, — Refusa tout, et fit, par un orfèvre habile, Faire des bijoux faux tout pareils aux anciens, Voulant, comme il le dit, que les femmes des siens, Oui porteraient son nom aux époques futures, N'eussent d'autre ornement que ces vaines paruresr Durable souvenir qu'il léguait à leurs fils De ce qu'il avait fait un jour pour son pays !
JEAN
Mon noble aïeul !
VÉRONIQUE, à pari.
Dieu bon! est-ce que tu m'exauces?
JEAN, montrant le colïrct à l'abbé.
Ainsi, vous l'avez dit, ces parures sont fausses?
L'ABBÉ, stupéfait.
Ces parures?... Hein?... Quoi?... Le trésor!
JEAN
Le voici.
Mais vous m'avez prouvé qu'il était faux... Merci!
L'ABBÉ
Vous l'aviez découvert?... Je détruis votre joie!
Il se laisse choir dans un fauteuil.
Ah!
JEAN
Je comprends le don que l'ancêtre m'envoie! Trésor de dévoûment, trésor de loyauté, Tu me rends le bonheur avec la pauvreté, Et bien plus que tout l'or du monde je t'estime, Fortune de vertu, legs d'un aïeul sublime! Soyez les bienvenus, car vous comblez mes vœux, Perles sans orient et diamants sans feux, Car j'ai souffert pendant mon heure de richesse! Et le sort à présent me fait vraiment largesse, Qui, tout en m'accablant de ce surcroît d'honneur, Me permet de rester un pauvre moissonneur. Partez sans un regret, décevantes chimères!
Prenant la main de Véronique.
Vous voyez les bijoux qu'ont portés mes grand' mères