‹ ThéâtreChapitre 114 sur 219 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

THÉODORE

Je vois ça d'ici... Il s'est conduit comme un soudard... Il t'a empoignée, bousculée, embrassée...

FRANÇOISE Oui, embrassée très fort...

THÉODORE Toi tu luttais bravement?... Tu giflais, griffais?...

FRANÇOISE, honteuse.

Non, pas précisément.

THÉODORE

Ah! ah! ma petite amie, tu rendais la monnaie... Ta tante a surpris ce commerce?...

FRANÇOISE

Hélas! oui...

THÉODORE

Tu t'en plains, alors qu'en vous surprenant elle se perdait!... Retiens bien ceci: il est plus impossible à Henri de ne pas achever avec toi ce qu'il a commencé, qu'à une mie de pain, lorsqu'elle est parvenue à une certaine profondeur dans le gosier, de ne pas descendre jusqu'à l'estomac... Crois-moi sur parole...

Je crois... Henri reviendra... J'ai distingué dans son regard, à un certain moment, un acharnement inexorable qui m'a fait peur... H avait des yeux d'aliéné...

THÉODORE

Aliéné vient du latin àlius, autre... Ce mot désigne proprement une personne dont un esprit étranger a pris possession. Ah! combien, dans le cas d'Henri, l'idée est juste; car il n'est dans tes bras qu'un possédé!... Ce n'est plus lui qui veut, pense, agit, c'est la toute -puissante et féconde nature. Sois tranquille. Elle te le ramènera tout à l'heure, décidé à t'avoir ou à mourir... Allons, je lis sur ta physionomie que tu sauras te tirer d'affaire avec l'un et avec l'autre... A présent nous pouvons partir...

FRANÇOISE

Mon oncle, je ne suis plus aussi pressée... Nous avons bien le temps... (Hélène entre.)

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