‹ ThéâtreChapitre 118 sur 219 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

cevrai-je de loin en loin flanquée d'un surveillant. Votre plan serait fort habile si je n'aimais pas Henri ; malheureusement pour vous, je l'aime!

HÉLÈNE

Lorsqu'on aime un homme, on n'accepte pas le rôle abject que vous avez chez lui.

FRANÇOISE

Lorsqu'on aime un homme, on accepte de pleurer chez lui des larmes de sang parce que n'importe quelle douleur semble douce auprès du chagrin d'en être séparé... sans compter l'espoir de le conquérir!... (Avec ironie.) Mais, j'oubliais, vous êtes sûre d'Henri!

Comme de moi-même!

FRANÇOISE

Il a tenté cette nuit de pénétrer dans ma chambre, il s'est roulé sur le seuil de ma porte, il a pleuré et n'a pas su que, moi aussi, je pleurais tout contre lui, folle d'amour... Oui, moi, la petite créature choisie pour l'aridité de son cœur! Folle d'amour! Au point que cet après-midi, cinq minutes avant votre visite, je me promettais à lui pour ce soir!... Vrai, vous l'avez quitté trop tôt!

HÉLÈNE Ce ton d'assurance m'amuse!

FRANÇOISE

Il vous torture!... Comment ne trouverait-il pas d'écho

dans l'âme désespérée qui m'offrait à l'instant une fortune si je consentais à me séparer d'Henri. Oui, vous me faisiez un pont d'or, vous, si sûre de lui, et aussitôt mon ressentiment s'est tourné en pitié. Réellement, je ne pouvais plus en vouloir à la pauvre femme qui disputait son bonheur lambeau par lambeau, essayait toutes les ruses, prenait avec moi des airs protecteurs et dont l'accent de confiance était un cri d'angoisse.

HÉLÈNE Ce cri... Ah! que vous voudriez me l'arracher!

FRANÇOISE Quel besoin en ai-je? Votre abattement se lit sur vos traits... Ces yeux rougis, ce visage contracté, cette pâleur en disent assez... vous avez pleuré... pleuré aux pieds d'Henri...

HÉLÈNE

Vous mentez!

Je mens si bien que vos yeux se remplissent de larmes!... Allez! laissez-les couler!... Toute comédie est inutile... Je vous vois aux genoux d'Henri, le suppliant de renoncer à moi, offrant d'aller vivre avec lui. Vous enlever! Il ne s'en soucie guère. L'avenir c'est moi! Que ma revanche est déjà belle! Que je regrette peu votre facile victoire! Facile, en effet, puisque je me suis retirée sans combattre. En vous laissant cette conquête douteuse, ah! que je vous faisais un cadeau perfide!... Vous voici dédaignée, ou gardée par charité!... (Hélène pleure à chaudes larmes. Pendant longtemps, Françoise la regarde implacable, puis elle dit froidement.) Vraiment oui, je reste auprès d'Henri!

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