‹ ThéâtreChapitre 144 sur 219 · PAUL, JEAN, AMÉLIE · texte numérisé non relu

PAUL, JEAN, AMÉLIE

Mère Amélie est une religieuse d'environ quarante-cinq ans. Elle va vers Paul et l'embrasse.

AMÉLIE

Quelle surprise!... Lorsqu'on m'a prévenue que mon frère m'appelait je suis restée saisie. (Elle examine Jean d'un air interrogateur.)

PAUL

Je te présente mon ami Jean Cervier, l'acteur le plus illustre de France.

AMÉLIE

Je ne suis pas au courant du théâtre, mais il est toujours beau d'être le premier dans son art, et je vous félicite, Monsieur.

PAUL

Sa profession l'oblige à exprimer des passions violentes ou à dessiner des caractères étranges et il est sans cesse en quête de types à observer... Je lui ai promis qu'il ren-

contrerait parmi tes pensionnaires des cas intéressants et il m'a suivi...

Votre frère m'a surtout parlé d'une sauvagesse qu'il vous a confiée.

AMÉLIE

Je vous présenterai une jeune fille baptisée sous le nom de Marie. Elle est très pieuse, très sage, et, à part la teinte un peu foncée de sa peau, rien ne la distingue de nos autres élèves.

PAUL

Te rappelles-tu à quel point j'en étais excédé lorsque je l'ai amenée?...

AMÉLIE

Oui, tu avais débarqué le matin même à Bordeaux. On m'appelle au parloir. J'entre, prête à me jeter dans tes bras. Mais ton geste me montre, accroupie dans un coin, une fille à figure bestiale. — Voilà une sauvagesse!... Que je regrette de l'avoir obtenue de ceux qui allaient la pendre!... Je t'en supplie, prends-la pour en faire une chrétienne!... Ah! l'enjôleur, il connaissait bien le défaut de la cuirasse!...

PAUL, riant.

C'est vrai!... Pour sauver une âme, tu vendrais la tienne au diable!...

AMÉLIE, souriant.

Tu exagères!... Enfin! j'ai consenti sans hésiter, et le

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