SCÈNE V PAUL, JEAN, AMÉLIE
PAUL
Pour commencer laisse-moi seul avec Marie... Devant toi elle est comme un animal privé sous l'œil du dresseur... Je veux l'observer en liberté.
AMÉLIE, montrant Jean.
Dans ce cas, Monsieur fera bien de m'accompagner, car sa présence troublerait Marie beaucoup plus que la mienne. Nous profiterons du quart d'heure qui m'est accordé pour examiner quelques cas intéressants.
JEAN
Ce sont surtout les muets qui m'attirent... Comme eux je ne puis pas toujours dire ce que je voudrais exprimer, puisque les phrases d'un auteur me sont imposées. Je suis, sur la scène, un muet par rapport à mes propres sentiments.
AMÉLIE, riant.
C'est très juste!... Allons visiter les muets. (A Paul.)
Si, par hasard, sœur Monique frappait à la porte avant mon retour, envoie Marie à la chapelle jusqu'à ce que je la relève de son poste.
PAUL
Je n'y manquerai pas.
AMÉLIE
Évite les plaisanteries, les familiarités, garde un visage grave. 11 n'y a pas longtemps, le médecin de la communauté, un homme d'aspect vénérable, auscultait Marie souffrante d'un gros rhume. La sœur infirmière venait d'être appelée hors de la salle... Eh bien... Comment expliquer cela?... Marie a forcé le docteur à battre en retraite.
PAUL
N'aie pas peur. Je serai très prudent.
AMÉLIE, à Jean.
Venez-vous. Monsieur? (Au moment de sortir, à Paul.) Elle n'est pas loin, je l'envoie à l'instant. (Elle sort avec Jean.)