SCENE PREMIERE
PAUL, AMÉLIE Paul est en train d'écrire. Entre Amélie. Paul bondit en la voyant.
PAUL Toi!...
AMÉLIE
J'ai reçu ta lettre. Un quart d'heure après, j'étais partie!...
PAUL
Oui, je sais, vos bagages sont vite prêts... Pourquoi ne m'avoir pas envoyé une dépêche indiquant l'heure de ton arrivée?... Je serais allé te prendre à la gare.
AMÉLIE
C'est précisément une corvée que j'ai voulu t' épargner... Et puis tu aurais insisté pour me loger ici...
PAUL
Comment, tu ne peux pas descendre chez moi, ton frère ?
AMÉLIE
Évidemment je ne serais pas excommuniée pour cela et ton hospitalité ne me ferait pas peur si tu m'appelais à ta campagne. Mais, à Paris, nous avons rue de Sèvres notre maison-mère et j'y ai déposé mon sac en passant... Toute ma journée t'appartient. Tu m'as écris que l'avenir de Marie allait se décider et qu'elle aurait besoin de moi?
PAUL Oui. Mon projet de faire de Marie une reine est en bonne voie. Abéliao, le roi des Amaras, est mort il y a quelques semaines et son fils Kigérik lui a succédé sur le trône. Il est séduit par l'idée d'épouser une Européenne.
AMÉLIE
Est-ce ton ami Totilo, ce vieux diplomate à demi civilisé, qui s'est chargé de le convaincre ?
PAUL
Lui-même. Notre gouvernement, par mon entremise, le subventionne généreusement, et il s'est montré si persuasif que le jeune roi, plein d'enthousiasme et très pressé d'entreprendre sa cure d'amour français, l'a expédié par le premier navire en partance avec mission de lui ramener une épouse qui le classe parmi les souverains éclairés. J'ai appris le départ de Totilo en recevant hier matin la dépêche qui m'annonçait son arrivée à Marseille.
AMÉLIE D est en France!...
PAUL A Paris. Je l'attends cet après-midi.