ACTE IV
ses cahiers sous le bras, et nous allons la voir arriver très occupée de la leçon qu'elle aura entendue.
AMÉLIE, ironique.
Le moment sera bien choisi pour lui conseiller de s'enfermer dans un sérail et d'y lutter de séductions avec des moricaudes.
PAUL
Malgré cela, j'espère encore la décider à partir.
AMÉLIE
Ce qu'elle aime, ce qui fait le charme de sa vie, reste ici. Elle n'a plus de religion pour la pousser au sacrifice. Quelle compensation lui offriras-tu pour qu'elle renonce à tout?
L'ambition satisfaite. On mène les gens très loin avec ce hochet-là. Moi-même, le plus désintéressé des savants, j'ai quelquefois besoin de songer à la gloire qui m'attend, aux honneurs qui me récompenseront. Eh bien, j'engage Marie dans une aventure dangereuse, il est vrai, mais qui peut la conduire jusqu'au complet asservissement de Kigérik et faire d'elle une très puissante reine.
AMÉLIE
En déchirant son cœur!... Après la scène qui se prépare, Marie ne pourra plus vivre ici. Ce soir je l'emmènerai dans notre couvent et nous l'y garderons jusqu'à l'heure du départ.
PAUL
Ma conversation avec elle perdra beaucoup de son
caractère tragique si je parviens à éviter qu'elle m'avoue la nature de ses sentiments pour moi. Ce sera difficile! Depuis quelques jours, elle ne cherche que prétextes pour me mettre sur la voie. Aussi vais-je m'empresser d'aborder la question du mariage avec Kigérik, avant qu'elle n'ait le temps de m'entraîner sur le chemin où je n'ai pas envie de la suivre... (Écoutant.) Je crois que la voici!... (Un silence.) Oui. Elle accroche ses effets dans le vestibule. (Ouvrant une porte.) Passe dans le salon. Je t'appellerai quand on aura besoin de toi. (Amélie se retire dans la pièce voisine. Marie entre. Elle est en costume très simple d'étudiante et porte sous le bras une serviette bourrée de papiers.)