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ACTE IV

même, grâce à cela, Marthe s'est joyeusement hissée jusqu'au sommet!

MARIE Au moins, en arrivant, a-t-elle aperçu le petit coucou?

PAUL

Est-ce qu'on le voit jamais ? Il s'était envolé. On l'entendait bien bas dans la montagne.

MARIE

Cet oiseau qui appelle en bas au moment où se dérobe l'oiseau qui chantait sur les crêtes, n'est-ce pas une voix de perdition qui attire vers l'abîme l'orgueilleux qu'un idéal trop élevé a séduit?

PAUL

Sans doute il n'y a pas qu'un oiseau dans la montagne et ceux qui ont poursuivi les voix inspirées jusque sur le cristal des glaciers, ont souvent de la peine à rester sourds aux invites perfides qui les attirent au fond des gouffres. Mais ce danger-là, je ne le crains pas pour toi, Marie... Pendant des années, je n'ai cessé de te faire écouter le petit coucou... Dieu, la Vierge, les anges, les héros, les chefs-d'œuvre, c'était lui, dont le chant mystérieux t'entraînait sur la pente escarpée au sommet de laquelle l'âme revêt toute sa beauté et ne s'en dépouille plus!...

MARIE

Réservez les compliments à Marthe... Que va me chanter le petit coucou pour m'envoyer chez Kigérik?

PAUL

L'intérêt prodigieux que t'offrira l'existence, si tu deviens une réformatrice de génie. Introduis chez les pauvres gens qui seront tes sujets plus de bonheur et de justice, et tu verras combien la déception que tu éprouves en ce moment te paraîtra mesquine.

MARIE

Les pauvres gens dont le sort vous attendrit étaient prêts à me pendre au premier arbre venu lorsqu'ils m'ont prise. Je serais vraiment naïve si je sacrifiais mon bonheur à leur prospérité!

PAUL

Qui parle de sacrifice?... Il s'agit d'étonner l'univers par la splendeur de ton règne. Lorsque tu feras monter ce peuple à demi sauvage au rang des nations civilisées, tu auras pour toi les sympathies du monde entier.

Elles iront au roi, mon mari. J'aurai travaillé pour lui.

PAUL

Non, pour toi. Ton mariage va faire sensation. On fonde sur toi de grandes espérances... Hier, pendant un entretien que j'ai eu avec le Président du Conseil, il m'a longuement questionné sur ton caractère. Ta future carrière l'intéresse vivement, et il était préoccupé de savoir si tu étais armée pour en vaincre les difficultés. Je l'ai parfaitement rassuré à cet égard. Il disait qu'au bout de deux ou trois ans, tu ferais bien de décider Kigérik à visiter avec toi Paris. Vous seriez les hôtes de la France! Je te vois, descendant l'avenue

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