SCENE PREMIERE
RÉGINE, LOUISE, entrant.
Mince, fine, jolie, avec un type étrange, Régine est tassée dans un fauteuil devant la cheminée. Elle a beaucoup pleuré pendant la nuit, et se tamponne encore de temps en temps les yeux avec son mouchoir. La flamme du foyer éclaire son visage de vingt ans, morne et désolé. Entre Louise. C'est une femme de trente-cinq ans, figure intelligente et gaie, mais en ce moment bouleversée par une vive émotion. Elle est vêtue d'un peignoir et tient à la main un journal.
LOUISE, tendant le journal à Régine.
Régine, quel triste bonjour je t'apporte! Tiens, vois ce que je lis dans le Matin.
RÉGINE, sans lever la tête, repoussant d'une main le journal. Oh! ce qu'on lit...
LOUISE, insistant pour lui faire accepter la feuille.
Voyons, regarde!... Une chose horrible!... J'ai le cœur serré... et toi... toi surtout!... Sois forte!... (S'apercevant que Régine se trouve dans un état lamentable.) Mon Dieu, tu as pleuré?... Tu pleures!... Tu sais déjà?...
RÉGINE Rien!... Laisse-moi!...
Hier, à cette matinée chez les Frécourt, tu as dansé avec lui.
RÉGINE, nerveusement.
Ah! tu m'assommes, avec ton M. BréanL. Oui, j'ai dansé, beaucoup dansé, et avec' lui, naturellement! Eh bien, sois tranquille, ni lui ni d'autres ne me feront plus danser !
LOUISE
Vous ne faisiez pas que danser, vous causiez, et quels regards vous échangiez!... De mon coin je vous observais... Tout de suite j'ai deviné qu'entre Bréan et toi se passait quelque chose de grave... Mais ce qui est arrivé... non, jamais, jamais, je n'aurais cru!...
RÉGINE
Ce qui est arrivé... D'où le sais-tu ?... Qui te l'a dit?... Pas ton journal, je suppose?
LOUISE, embarrassée, craignant à présent de montrer le journal.
Mais toi-même... Cette pauvre figure défaite... tes larmes...