ACTE V
MAXIMIN
Leur sort devient intolérable... Traqués comme des bêtes fauves, réfugiés au fond des forêts, ils vivent dans le dénûment le plus absolu... J'implore en leur faveur votre clémence... Il reste sur les frontières de vos états de vastes territoires fertiles et inoccupés... Permettez-leur d'y fonder une colonie...
MARIE
Pour y être quoi?... Mes sujets?... Mes voisins?...
MAXIMIN
Vos sujets. Ils ne réclament qu'un droit: celui de persévérer dans la religion chrétienne.
MARIE, gaiement.
Sont-ils toujours les immondes pillards que j'ai connus?
PAUL
La reine sait mieux que personne ce que la religion a pu faire d'eux...
MARIE, avec un sourire approbateur.
Bien envoyé!...
MAXIMIN
Je ne crains pas d'affirmer que si vous les admettez au nombre de vos sujets, ils donneront l'exemple de vertus peu pratiquées dans votre empire.
MARIE Ils nous régaleront du spectacle de leurs perfections et
nous leur remplirons le ventre... Ce genre de transactions est assez dans les habitudes cléricales.
MAXIMIN
J'ai réclamé pour mes chrétiens des terres à cultiver et non du pain. Us ne seront à la charge de personne.
MARIE Qualité négative!... Que gagnerai-je à leur présence?
MAXIMIN Des âmes. Il n'y en a pas autour de vous.
MARIE
J'ai formé un matériel humain de premier ordre. Que puis-je désirer de mieux?...
MAXIMIN
Des hommes qui, sans négliger leurs travaux, soient menés par des préoccupations supérieures...
MARIE
Je ne connais pas, pour un ouvrier, de préoccupation supérieure à celle d'aller correctement jusqu'au bout de sa tâche...
MAXIMIN
Lorsque nous avons achevé notre tâche ici-bas, nous allons là-haut en rendre compte à Dieu... Le chrétien donne à son métier toute son activité physique, mais il applique à la préparation de l'autre vie, toute son ardeur spirituelle. C'est ce que j'appelle avoir une âme.