ACTE III
LOUISE
Je ne cesse de l'observer depuis des semaines, et la bonne opinion que j'avais de lui n'a fait que croître... Il est charmant!...
RÉGINE Qui le sait mieux que moi, puisqu'il m'a ensorcelée?...
LOUISE S'il y a un reproche à lui faire, c'est de trop t'aimer.
RÉGINE
Il m'aime, je n'ai plus aucun doute à cet égard depuis l'entrevue où notre mariage a été décidé, lorsque tu m'as laissée seule chez lui... Il a eu ce jour-là des cris de passion vraie qui m'ont profondément remuée.
LOUISE
C'était, Dieu merci, assez visible!... Dans quel état tu es rentrée!... Tu tremblais comme la feuille en racontant ce qui s'était passé.
RÉGINE
Oui, mais j'ai eu peur de le diminuer à tes yeux et ne t'ai pas dit qu'au moment où j'allais proclamer ma parfaite pureté, il m'a coupé la parole pour annoncer qu'aussitôt après le mariage il comptait se tuer... Cette menace a produit sur moi une impression désastreuse. On ne claironne pas un suicide qu'on a sérieusement résolu.
LOUISE Non, généralement pas.
RÉGINE
Alors j'ai renoncé à me réhabiliter... Les jours, les semaines ont passé, et nous en sommes toujours au même point.
LOUISE
11 croit encore à ton déshonneur?
RÉGINE Oui.
LOUISE On ne dirait pas... 11 est si gai!
RÉGINE
Là, tu y viens! Sa sérénité te paraît renversante... Que sa fiancée soit un fruit véreux, voilà qui lui est égal!... Si tu étais tentée de me gronder de ce que je le laisse dans la croyance qu'il épouse une coquine, je te répondrais qu'il est content comme cela... Dieu me préserve de troubler son bonheur!...
LOUISE
Mais, enfin, le chagrin dont j'ai été témoin n'était pas simulé. Je l'ai vu dans une rage folle.
RÉGINE
Le chagrin que tu as observé. Paul l'éprouvait lorsque nous sommes venus nous installer ici. Tu ne peux pas te faire idée, pendant les premiers jours, des scènes que j'ai eues à subir.