‹ ThéâtreChapitre 47 sur 219 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

LOUISE, souriant.

Si, je m'en doutais!... Lorsqu'après déjeuner je me retirais discrètement pour vous laisser libres jusqu'au soir, j'entendais souvent s'enfler des voix courroucées... Je me disais: «L'orage gronde mais Farc-en-ciel n'est pas loin...>

RÉGINE Eh bien, tu devinais juste; l'orage grondait avec des éclaireies et parfois même de joyeux coups de soleil... Ah! quels après-midi!... Nous nous faisions l'un à l'autre beaucoup de peine, le soir on avait les yeux gros comme le poing, à force d'avoir pleuré, et pourtant que ces journées de fièvre me paraissent belles et me laissent de regrets!... Moi toujours prête à pardonner, lui arrivant à point pour me glacer par de trop généreux discours... Mille fois j'ai voulu dire la vérité, mille fois il a trouvé ce qu'il fallait pour me réduire au silence... Presque toujours sa fureur tournait en désolation, et alors je devenais si gentille!... Sans compter que lui trouverait moyen d'attendrir des pierres!... Lorsqu'un mot de moi le heurte, je vois dans son regard un étonnement douloureux comme si je troublais le dernier festin d'un condamné!

LOUISE

Je veux bien que sa menace de se tuer ne semble pas sérieuse, à ta place j'y ferais tout de même attention.

RÉGINE Pas de danger qu'il se tue!

LOUISE Comment peux-tu parler avec tant d'assurance?...

RÉGINE

Il y a quinze jours, pendant une promenade avec Paul, je me suis sentie fatiguée et j'ai annoncé que je rentrais pour terminer une lecture dont nous venions de causer. Il m'a répondu qu'il avait emporté mon livre dans sa chambre et a offert de rentrer avec moi pour le rendre. Je l'ai engagé à continuer sa promenade, ajoutant que jïrais chercher le livre chez lui. A ces mots, Paul a tellement rougi que j'ai demandé en riant s'il y avait indiscrétion à violer son domicile. Sur ce, nous nous sommes séparés, je suis allée droit à sa chambre, et, en prenant le livre, je n'ai pas pu ne pas remarquer, bien en évidence à côté du livre, un revolver posé contre un portefeuille, lequel n'était pas fermé... Tu aurais fait comme moi... J'en ai retiré une lettre cachetée... Sur l'enveloppe cette ligne: A ma femme, pour ouvrir après ma mort.

LOUISE

C'est tout ce qu'il y a de plus grave!... Tu racontes cela d'un ton léger!...

RÉGINE

Écoute la suite... La journée s'est achevée paisiblement... Bien qu'assez troublée, j'ai gardé vis-à-vis de Paul une attitude parfaitement naturelle... Le soir, tu causais avec lui sur la terrasse lorsqu'on m'a remis le courrier renfermant, comme d'habitude, les correspondances de nous trois. En triant les miennes, j'ai retiré une carte postale venant d'Italie à l'adresse de Paul... Carte postale illustrée représentant un chalet suspendu à un repli de la montagne, au-dessus du lac de Lugano. D'ailleurs, je l'ai confisquée, la voici. (Elle va à son secrétaire, l'ouvre, et en rapporte une carte, qu'elle remet à Louise.) N'est-ce pas que l'endroit

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