ACTE I
vateurs n'ont pas compris votre évolution vers la République. On vous fait bonne mine, grâce à votre nom, mais je tremble pour les prochaines élections!... Réellement, l'autre jour, on sentait une hostilité sourde. Par la pensée, je me figurais être maîtresse de maison, et trouvais tout de suite ce qu'il aurait fallu dire, quels personnages on aurait gagnés par un sourire placé à propos ! Oh ! que j'enrageais de n'y rien pouvoir, moi, simple invitée! Ce soir-là, je suis rentrée désolée!
HENRI Bien à tort, chère amie. Sans doute, j'écraserais plus facilement l'adversaire si j'avais une moitié pour déjouer les perfidies de madame, pendant que je tiendrais tête à monsieur. Mais je triompherai quand même, j'en réponds. Et vous, ne soyez pas si modeste!... Votre rôle, dans ma carrière, a été admirable. Lorsque, malgré ma famille et mes relations, je me suis rallié au gouvernement, sans vous, que serait devenue ma situation mondaine? C'est vous qui m'avez maintenu, imposé, remis à flot dans les salons; et c'est cela qui, à l'heure présente, fait ma singularité et ma force... je suis un des députés les plus écoutés sans qu'on m'en veuille à mort parmi les miens. J'ai des origines plus qu'honorables, un passé sans tache, et les mains nettes.... Tôt où tard, on s'apercevra en haut lieu que, si on veut garder une ombre de prestige à l'étranger, je suis le seul Président du Conseil possible. Vous avez créé cet état de choses et ma reconnaissance est profonde!
HÉLÈNE
Elle ne vous empêche pas d'être mécontent. Je vous ai consacré ma vie, et je m'aperçois que je deviens un fardeau. Je ne me trompe pas, allez!... La femme jetée hors du droit
chemin voit comment son ami sera conduit à la quitter, note le progrès de ses lassitudes et prédit l'heure des adieux sur le plus faible indice. J'en suis là. Ma lettre n'était qu'un cri d'alarme. Elle vous suppliait d'être franc, de me dire ce qui vous blesse, vous irrite, vous rend parfois brusque et cassant avec moi.
HENRI
Parfait! Voilà votre nièce fort au courant de l'aventure!
HÉLÈNE
Laissons Françoise et répondez honnêtement... Vous voyez dans notre liaison une entrave, n'est-ce pas, un danger pour votre avenir?
HENRI, très tenté de répondre: oui.
Non... Seulement, étant données mes hautes visées, je ne saurais trop accentuer le côté sérieux de mon caractère. Un mariage m'apporterait ce qui me manque un peu: le prestige, l'autorité... Mais, à quoi bon le constater? Nous n'en sommes partisans ni l'un ni l'autre, hein?... Ali! si vous étiez une autre femme!
HÉLÈNE
Quel genre de femme?
Une personne sage.
HÉLÈNE
Parlez-moi comme si j'étais sage... Il y a un degré où le découragement tient lieu de raison!