SCÈNE II
HÉLÈNE, HENRI, THÉODORE. (Théodore revient d'une promenade. Vieillard très cassé, mais l'expression de son visage est très vivante.)
THÉODORE, à Henri.
Eh bien! cher ami, comment cela va-t-il? A peine si j'ai eu le temps de vous dire bonjour, tout à l'heure. Votre cheval piaffait avec tant d'impatience... Est-ce le même qui vous a si bien décroché l'autre jour?
HENRI
C'en est un plus doux... je suis encore endolori de ma chute, et il faut avoir tous ses moyens pour monter Minerve.
THÉODORE Quelle idée de donner la déesse de la sagesse pour patronne à une jument!... Eh bien! votre sagesse a la croupe légère. Méfiez- vous !
HENRI
Le fait est que j'ai manqué d'avoir la tête cassée.
HÉLÈNE
L'épaule démise, le genou en confiture! Voilà déjà qui compte. Cinq minutes de plus et j'assistais à l'accident. Quand on vous a rapporté, j'étais en train de mettre mon chapeau pour aller à votre rencontre... Réellement, j'aurais été présente, je me serais trouvée mal.
Une qui ne perd pas facilement la tête, c'est Françoise... Je me promenais avec elle et, au détour d'une allée, nous distinguons dans un nuage de poussière Renneval venant sur nous, bride abattue, cramponné à la selle, adressant à son coursier des interjections conciliantes. Comme il nous dépassait, paf ! une ruade et notre législateur s'aplatit à nos pieds. J'ai fermé les yeux pour ne pas le voir passer de vie à trépas. Je les ai rouverts en m' apercevant qu'on riait aux éclats.
HENRI
Vous exagérez...
THÉODORE
Comment pouvez- vous savoir? vos oreilles et vos yeux étaient remplis de terre... Oui, on riait aux éclats... C'était Françoise qui trouvait ce spectacle drôle!