SCENE IV
HÉLÈNE, HENRI, FRANÇOISE. (Françoise entre. — Figure intelligente et fine, ni laide ni jolie, elle est mise avec une entière simplicité. A la vue d'Henri aucun signe de surprise ou de plaisir. Elle vient à lui avec une parfaite aisance.)
FRANÇOISE, serrant la main d'Henri.
Bonjour, Monsieur!
HENRI
Aïe! pas si fort, mademoiselle Françoise! Le bras me fait encore mal.
Je vous soupçonne d'être un peu douillet.
HENRI Je vous soupçonne de n'avoir pas grande pitié des éclopés.
FRANÇOISE
Bah! pour le moindre bobo, les hommes gémissent!... Ainsi, mon oncle, avec ses rhumatismes...
HÉLÈNE
Ce n'est pas généreux de t'en prendre à ton oncle... lui qui ne perd jamais l'occasion de te dorloter.
FRANÇOISE, paisiblement.
Oh! j'aime bien mon oncle, ma conscience ne me reproche rien!
HÉLÈNE
Peut-être pas exigeante, ta conscience!
FRANÇOISE
Possible ! (Un silence. Françoise va à une table, en ouvre le tiroir et y fouille longuement.)
HÉLÈNE Que cherches-tu?
FRANÇOISE
Le dessin de ma broderie. Je l'avais laissée dans ce tiroir et n'en trouve plus trace!
HÉLÈNE, froidement.
Rien d'étonnant, la maison n'est pas sûre! (Nouveau silence. Françoise affecte un redoublement d'attention et plonge le nez dans le tiroir.)
FRANÇOISE
Ah! le voilà! (Elle prend un papier et va s'asseoir à l'autre bout du salon, où elle se met à travailler avec acharnement.)
HÉLÈNE, bas à Henri.
Vous l'avez vue rougir?
HENRI, bas.
Cramoisie! Elle a la lettre!
HÉLÈNE, bas.
J'en étais bien certaine! Mais je tenais à vous convaincre. Vous a-t-elle vraiment fait mal au bras?
HENRI, bas.
Ma foi, oui!
HÉLÈNE, bas.
Et pas un mot de regret! Vilaine créature sans âme... (Avec un sourire triste.) La vraie femme pour vous!