SCENE PREMIERE
FRANÇOISE, THÉODORE. (Françoise, assise devant un petit bureau, classe des cartes de visite qu'elle pointe sur une liste. — Théodore entre. — Elle pousse un cri de joie et lui saute au cou.)
FRANÇOISE Mon oncle 1... (Elle l'embrasse.)
THÉODORE, reculant d'un pas.
Voyons si elle est changée.
FRANÇOISE, pendant qu'il l'examine.
C'est vrai, pourtant!... vous ne m'avez pas vue depuis mon mariage... Trois mois! on vieillit en trois mois!... Eh bien?
THÉODORE, l'attirant de nouveau à lui et l'embrassant.
C'est à ne plus te reconnaître!... Où t'es-tu procuré cette frimousse-là?... Et des yeux!... On peut bien le dire, on ne savait pas trop autrefois si tu deviendrais jolie!... Bigre!... tu as pris du bon côté!...
FRANÇOISE, souriant.
Ah! J'ai tellement désiré une figure capable d'émouvoir ce vilain homme!... oui, je l'ai tellement désirée que... la voici!
THÉODORE
Tout le darwinisme est là: ranimai a besoin d'être beau, il devient beau.
FRANÇOISE, riant.
Merci, mon oncle!...
THÉODORE, lui posant le doigt sur le front.
Ta figure s'améliore; mais ce qui est dessous... Hum!. . soigne-le.
FRANÇOISE Ma cervelle se détraque?
THÉODORE
Ma foi, j'en ai peur!
A quoi le jugez-vous?
THÉODORE
Je viens de rencontrer chez ta tante la plus indomptable bavarde qu'il y ait sous la calotte des cieux...
FRANÇOISE, interrompant.
Mme de Landier?