ACTE II
HENRI, inquiet.
Les nerfs de qui?
THÉODORE
Ah ça, mon ami, tombez-vous de la lune?... Les siens, parbleu !
HENRI
Elle est donc souffrante?
THÉODORE Oui, comme le Pont-Neuf...
Soyez donc sérieux!...
THÉODORE
Eh bien! elle éprouve dans tout son être une étrange révolution qu'elle ne peut définir.
HENRI Révolution qui se traduit par quoi?... De la tristesse?
THÉODORE
Non. Elle est gaie comme un pinson!... En y réfléchissant même, trop gaie!... Je lui ai servi de père, je l'aime comme une enfant, et pas la moindre émotion en me revoyant... Elle pensait à autre chose... Et puis des bizarreries... (Se frappant le front.) Tiens!... j'ai trouvé!...
HENRI
La raison de ses étrangetés?
THÉODORE Oui. (Gravement.) Mon cher, je demande à être parrain
HENRI, gêné.
Vous n'y êtes pas... Hélas, non!...
THÉODORE
Diable!... alors je ne sais plus... Non. réellement, je ne sais plus... ou plutôt, si, je sais, mais c'est assez invraisemblable...
HENRI Quoi donc?
Vous ne l'avez donc pas regardée ?
Tout le temps!
THÉODORE
Pas possible!... Et rien ne vous a frappé, vous, gaillard expérimenté? Vous n'avez pas vu ses yeux, ses terribles yeux qui m'empêchaient de la reconnaître quand je suis entré? Si Françoise était votre fiancée, rien qu'à la voir, je dirais: «Ne les laissons pas seuls!...» Si Françoise était votre compagne depuis dix ans, je penserais: «Gare à lui!...» Mais en pleine lune de miel... Que croire?...
HENRI
Ainsi, Françoise a la mine d'une femme bonne à surprendre.