LA FILLE DV MOVPHTL
Stances.
RINCE grand, mais trop orgueilleux Des dons rares et merueilleux Que le Ciel fit à ta naissance!
Ne présume pas tant dVn glorieux destin. Tu connois ta valeur, tu connois ta puissance, Mais tu ne connois pas ta fin.
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Ne triomphe pas du mépris,
Dont tu m'as mise à si bas pris;
Le Ciel abhorre les Superbes.
C'est auec trop d'orgueil auiourd'huy t'eleuer, La Foudre bien souuent met plus bas que les herbes,
Les Cèdres qui la vont brauer.
Entre eeux qui te sont soumis,
Tu ne peux faire d'Ennemis,
Qui ne soient fort considérables.
Le bon-heur des plus grands dont on craint le pouuoir Peut estre trauersé par les plus misérables,
S'ils sont armez du desespoir.
Vne assez grande passion.
Va faire à ma discrétion
Cette vengeance désirée.
Selim en ma faueur dessine ton trespas : Au gré de mes désirs ta mort est asseurée,
Ou bien son amour ne Test pas.
Lors qu'il m'offre sa liberté,
Tout l'espoir dont il s'est flatté
Se fonde sur tes funérailles.
C'est de tes derniers maux que doit naistre son bien ; Il faut qu'il ait tiré ton cœur de tes entrailles,
Pour auoir quelque part au mien.
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Mais que dis-je auoir quelque part?
Son mérite arriue trop tard,
Pour s'introduire en cette place.
II a beau pour me plaire icy s'abandonner; Il faut qu'il soit certain, quelque chose qu'il fasse,
Que mon cœur n'est plus à donner.
Cieux! des sentimens incertains
Font secrettement que ie crains
Vn effet que ie sollicite.
Puis qu'au destin d'Osman mon triste sort est joint. Faites qu'absolument il ait ce qu'il mérite,
Ou ce qu'il ne mérite point.
Quoy pour ses interests auoir le cœur si tendre!
Que diroit-on de toy si l'on t'alloit entendre?
Quel reproche honteux ne te feroit-on pas
Si l'on voyoit en toy des sentiments si bas?
Ce généreux dépit que le mépris excite ,
Te laisse donc encor penser à son mérite,
Et souffre qu'en peignant sa grâce et sa valeur,
Ta mémoire s'applique à deceuoir ton cœur?
Tu l'aimes? oui ie l'ayme : eh bien qu'en veui-tu dire,
Raison, qui sur mon ame a pris vn tel empire.
Que dans les mouuements du plus grand desplaisir,
Tu ne luy laisses pas l'vsage du désir?
Ouy ! i'aime ce cruel, ouy, i'aime ce barbare,
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Et confesse tousiours que son mérite est rare;
le trouue que sa mine éblouit tous les yeux,
Qu'il semble que ce Prince est descendu des Cieux,
Comme vn brillant esclair, comme vn foudre de guerre,
Capable de domter tous les cœurs de la terre.
le treuue que sans crime on le peut adorer,
Et que tout nostre sexe a droit d'en soupirer.
Mais iusques à quel point s'égare ta pensée?
Oses-tu discourir ainsi qu'vne insensée,
Oublier ta disgrâce et mettre sur l'Autel
Vn monstre en cruauté, ton ennemy mortel?
Qui te fit receuoir comme Sultane Reyne,
Et qui t'a dégradée auecque tant de haine,
Apres t'auoir monstre par vn souris amer,
Que tu n'es point aimable et qu'il ne peut t'aimer?
Ha! c'est vne rigueur. Ha! c'est vne insolence
Qui ne doit point tenir ma colère en balance.
Sur le point de sa perte encore balancer?
C'est trop : et ma raison a droit de me tancer.
Il faut que le superbe apprenne à son dommage
A respecter vn sexe à qui tout doit hommage.
Il faut que le cruel, accablé par les siens.
Soit trop chargé d'ennuis pour se mocquer des miens.
Il faut, pour satisfaire à ma haine infinie,
Qu'on éclate tout haut contre sa Tyrannie,
Qu'il soit hay de tous, qu'il soit abandonné,
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Qu'il soit assiégé, pris, dégradé, détrôné, Que sa haute valeur se treuue mesprisée, Qu'aux plus petits du Peuple il serue de risée. Qu'il perde toute estime et toute authorité, Qu'ayant perdu l'espoir il perde la clarté; Et qu'il sçache, emporté de ce courant funeste. Que s'il m'eust conseruée, il eust sauué le reste. Voila les sentiments que ie dois conceuoir. Pour demeurer toujours aux termes du deuoir. Que Selim contre luy mené donc les rebelles; Mais cet homme qui vient m'en dira des nouuelles.