‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 27 sur 98 · SCENE lîl · texte numérisé non relu

SCENE lîl

BELiSE, TYRENE, LISIMENE.

BELISE.

TRaistre, que tu sçais mal cacher ta perfidie! Es-tu sans artifice? et puis-je auoir surpris L'excellence, et l'honneur, des plus rares esprits? Au moins qu'vn ris forcé te change le visage, Témoigne du plaisir; et bénis mon voyage. Dis que tu souhaiterois ce bonheur sans pareil; Approche, appelle-moy ta Reyne et ton Soleil. Quoy, tu ne peux forcer cette inutile honte? Et ta voix quelquefois se donne à si bon compte,

PASTORALE. i5

Tu treuuois à Lyon des traits si délicats,

Et tu m'as si bien sceu prouuer ce qui n'est pas.

TYRENE.

O Dieux! ie voy Belise.

Il va conter merueille, Et sa fidélité n'aura point de pareille.

Quoy! Belise, est-ce vous que ie treuue en ces lieux? Et dois-je croire icy mon oreille et mes yeux?

Je suis toujours la mesme, et ne suis point changeante,

Il n'en est point ainsi de ton ame inconstante;

Tu n'es plus ce Tyrene autrefois si charmant.

En toy tout est changé iusqu'à l'habillement,

Tu n'as rien conserué de ce qui me sceut plaire,

Tu n'es plus qu'vn Berger digne d'vne Bergère.

Les Bergers de ces lieux sont d'illustres Héros Qui dans vn sain azile ont cherché du repos,

i6 AMARILLIS,

Mais ne m'accuse point d'estre à tort infidelle, Puisque tu la causas, tu sçay bien ma querelle, Dorilas estant mort, saus longtemps consulter Pour venir en ces lieux il falut s'absenter, Tandis que mes parens s'employant pour ma grâce. Par ie ne sçay quel sort, m'en allant à la chasse, le vis Amarillis, dont Téclat me rauit. Elle me tit changer de Maîtresse et d'habit, l'accorde, que ie quitte vn bien incomparable. Pour semer sur du vent, et bastir sur du sable, le receuois chez vous des traitemens meilleurs; Mais vn secret destin porte mes vœux ailleurs.

BELISE.

Dis qu'vn secret destin porte ailleurs ta folie.

TYRENE.

Belise est toujours gave, et sans mélancolie.

Non, non, croy qu'en riant ie dis la vérité, Hé ! qui ne riroit pas de ta légèreté? Quelle plaisante humeur agite ainsi ton ame? On pourroit l'excuser dans l'esprit d'vne femme, Puisque selon l'erreur de vostre iugement.

Elle est de son instinct sujette au changement. Mais que ces Esprits forts, ces miroirs de constance, Fassent au moindre vent si peu de résistance. Que leur fidélité manque aux premiers effects, C'est vn sujet de rire ou Ton n'en eut iamais.

TYRENE.

Si tu considerois combien l'absence est forte, On ne te verroit pas discourir de la sorte. Ta présence auroit peu diuertir ce malheur : Car qui void le Soleil sent toujours la chaleur.

BELISE.

Il est vray ta constance est digne qu'on t'adore! Traistre, i'estois absente, et ie t'aymois encore, Taucis les mesmes feux, et le mesme soucy : l'ay vescu sans te voir, et sans changer aussi. Sans te voir! ie m'abuse, et ma triste pensée M'a toujours de Tyrene vne image tracée : Je t'ay veu tous les iours, ie t'ay parlé cent fois.

Il ne m'en souuient point.

BELISE.

Mais sans yeux et sans voix,

i8 AMARILLIS,

le n'estois pour mon mal que trop ingénieuse, Ma mémoire est trop bonne et trop officieuse.

Et moy ie ne sçaurois me vanter de ce point, l'ay bien tost oublié ce que ie ne voy point. Excuse en ce malheur ma mémoire inféconde, Ou que de ce deffaut la Nature réponde. Mais voici ma Bergère, admire sa beauté, Et ne condamne plus mon infidélité.

BELISE.

Va, barbare à mes yeux, luv conter ton martire; Obtiens de cet objet ce que ton cœur désire, Ty consens, infidelle; adore ses apas.

TYRENE.

Tu profiterois peu de n'y consentir pas.

BELISE.

Cachons-nous pour Touir.

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