SCENE IV
TYRENE, AMARILLIS.
TYRENE.
Adorable merueille, En beauté sans seconde, en rigueur sans pareille, Quand voulez-vous tarir la source de mes pleurs? Quand sera vostre esprit sensible à mes douleurs? Ces rochers orgueilleux en des ruisseaux se fondent, Ils entendent mes cris, leurs échos me répondent, Et quand i'ay demandé si mon mal inoùy Finiroit quelque iour, elles m'ont dit : « Ouy. » Vous conseruez pourtant vostre rigueur extrême. Et ie n'ose espérer que vous parliez de mesme.
AMARILLIS.
Où peut estre ma sœur?
TYRENE.
J'implore du secours; Aymable Amarillis, entendez mes discours.
20 AMARILLIS,
AMARILLIS.
L'auez-vous veuë icy?
TYRENE.
Vous me fermez Toreille, Pour ne pas aduouer mon ardeur sans pareille.
\MARILLIS.
Où la puis-je treuuer?
TYRENE.
Dieux! que de cruauté!
le parle de mon mal, inhumaine beauté.
AMARILLIS.
le la cherche partout.
Cruelle, oyez ma pleinte, Donnez vn mot au mal dont mon ame est atteinte.
AMARILLIS.
Dieux! que ces importuns me dérobent de temps, le les fais tous souflfrir, ils sont tous mécontens. Ce n'est que de mon cœur que leurs plaisirs dépendent, Je n'en possède qu'vn , et tous me le demandent.
Qui le doit obtenir? qui seront les jaloux?
Nul de vous ne Taura, pour vous accorder tous.
Comparez nos tourmens, considérez nos peines, S'ils ont versé des pleurs, l'en verse des fontaines, S'ils sentent quelque ardeur, ie me sens consumer. Ils aiment froidement, et ie sçay seul aimer.
AMARILLIS.
Tous en disent de mesme.
TYRENE.
Et seul ie le dois dire, Si la pleinte est plus iuste, où la fortune est pire, Tyrene sçait mourir, s'ils sçauent endurer, Son inclination ne se peut comparer.
Pour vous, i'ay violé l'amitié la plus sainte Dont iamais icy bas vne ame fut atteinte, Il n'estoit rien d'égal à mes contentemens, le causois de l'enuie aux plus heureux Amans, le pouuois loin de vous deffier la fortune, l'obligeois trop Belise, et ie vous importune; Tous mes vœux Thonoroient , et vous les refusez. Je les voyois chéris, ie les vois méprisez.
Adieu, ie hay Tamour dVn esprit intidelle, Et ie ne pretens rien au bien de cette Belle. Reportez-luy ce cœur e]ue vous me présentez; Vous me pourriez quitter comme vous la quittez.
A A' xff A A A A A A A A A A ^ A^ ^