‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 29 sur 98 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

RELISE, TYRENE.

O Qu'il est satisfait et qu'il profite au change, Soy-mesme il se punit, et m'offençant me vange. Tyrene, qui mesprise est enfin mesprisé.

le n'attendois pas mieux que d'estre refusé. Ah! ie iure le Ciel, que s'il m'estoit possible, Je me dégagerois de cette ame insensible. Que ce cœur brûleroit de ses feux anciens. Que ie m'enchainerois de mes premiers liens.

Ouy, si la chaîne aussi t'estoit tncor oiTerte,

Et si ie desirois de recouurer ma perte.

Mais ce soin me trauaille assez légèrement,

Vn bien que chacun fuit se conserue aiscmeni;

Fay veu le peu d'estat qu'on fait de ton seruice,

Et ie ne crains pas fort qu'aucune te rauisse.

Fespreuue qu'il est vray que l'Amour n'a point d'yeux,

le reputois Jadis mon destin glorieux.

Quand ton affection s'offroit à ma mémoire,

Je croyois tout Lyon enuieux de ma gloire.

Que Tyrenc escriuist, que Tyrene parlas:,

le ne croyois iamais qu'vn autre l'esgalast.

Opinion bien fausse, et que ie n'ay plus eue,

Depuis que la raison m'a desilic la veuë.

le n'estime plus tant les charmes de ta voix,

le m'estonne bien plus de l'erreur où i'estois.

Mon ame s'est rendue à de foibles atteintes,

Tu galantises mai, et tu fais mal des pleintes.

Ne figurant pas mieux ta peine et ton souci ,

Amarillis fait bien de te traitter ainsi.

Tu luy parlois de pleurs pour exprimer ta peine ,

Mais cet abaissem.ent est honteux à Tyrene.

AMARILLIS,

Espargne vn malheureux, et quelque qualité

Dont jadis ton esprit ait le mien enchanté.

Croy que tu pourrois peu sur cette ame inhumaine,

Qu'en nion lieu tu serois en vne mesme peine.

Elle n'estime rien que ses propres apas,

Venus sous mes habits ne la toucheroit pas.

On ne peut rien gagner sur cette ame insensible.

BELISE.

Et si ic luy plaisois?

TYRENE.

Tu ferûis l'impossible.

Si tu veux en auoir les diuertissemens,

Tu n'as qu'à m'enuoyer vn de tes vestemens.

TYRENE.

le t'en fais présent d'vn dont l'estofFe esclatante Doit estre auantageuse à ta beauté charmante; Sa broderie est riche, et iette des esclats Qui pourront rehausser celuy de tes apas.

BELISE.

Tu riras de la feinte, et ie suis assez vaine Pour espérer l'honneur de fléchir l'inhumaine Sous le nom de ton frère, et sous celuy d'amant, le perceray son cœur plus dur qu'vn diamant. le n'arriuay qu'hier, et n'estant pas connue. Il m'est aisé de feindre, et de tromper sa veuë.

TYRENE.

Ce diuertissement ne peut estre que doux, De voir Cleonte Amant, et Tyrene jaloux. Mais après cet effet, que ie treuue admirable. Tu ne me seras plus qu'vn objet adorable; De tes vœux dépendra tout mon contentement, Et ie mépriseray l'Amante pour l'Amant.

BELISE.

le ne t'oblige à rien, et fais cette entreprise. Sans dessein que ton cœur me rende sa franchise. Ne dis point qui ie suis aux beautez de ce lieu , Et m'enuoye vn habit.

TYRENE.

Dans vn moment.

BELISE.

Adieu.

Fin du premier Acte.

26 AMARILLIS

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JL i o

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