SCENE IL
AMARILLIS, DAPHNE.
AMARILLIS.
POurquoy m'accuscz-vous de trop de retenue? le ne dcguise rien, i'ay l'humeur ingénue. Qui peut, si ce n'est vous, chérir mes interests? Et qui doit que ma sœur partager mes secrets?
DAFHNÉ.
Quelque si libre humeur dont vn esprit puisse estrc Il est bien malaisé qu'il fasse tout parestre; Toujours quelque secret se reserue au dedans, Qui mesme n'est pas sceu des plus chers confidens. Mais surtout en amour la plus libre est secrette, Et comme elle est aueugle, elle est aussi muette. On ne s'ose fier à son meilleur ami, Et le cœur le plus franc ne s'ouure qu'à demi.
Posséder tant d'attraits, estre si recherchée, Captiuer mille esprits, et n'estre point touchée, Ha ma sœur! pensez-vous qu'on le puisse estimer? Le Ciel vous a-t'il faite incapable d'aimer? Euitez-vous les coups dont toutes sont blessées? Et n'eustes-vous iamais de pareilles pensées? L'Amour est vn Archer qui n'a iamais failli , Si le cœur ne se rend quand il est assailly, Il prend vne autre voye, il le force, il le blesse. Et l'orgueilleuse enfin reconnoist sa foiblesse.
Il est maistre des cœurs qui se laissent dompter. Mais quand on le veut fuyr, on le peut cuiter.
DAPHNK.
Ce Dieu, comme il luy plaist atteint les plus cruelles On prend la fuite en vain; ma sœur, il a des ailes.
AMARILLIS.
Mais les ailes qu'il a sont courtes quand il naist, Cet enfant vole-t'il, foible encor comme il est?
On ne sent pas l'Amour au poinct de sa naissance, Et qui ne le sent pas, ne craint point sa puissance.
34 AMARILLIS,
AMARILLIS.
Mais alors qu'on le sent, on Féuite aisément.
BAPHNÉ.
Alors il sçait voler, on s'enfuit vainement.
AMARILLIS.
Aussi n'ay-je iamais sa force méprisée.
Et mon ame à ses traits est toute disposée. Mais de les preuenir, les prendre en son carquois. Et, de ma propre main, me ranger sous ses loix, Qui me voudroit, ma sœur, conseiller de le faire. Ne me donneroit pas vn aduis salutaire. J'appreuue qu'vn esprit mette les armes bas; rapprenne mesme aussi qu'il ne se rende pas. le n'aimerav iamais, qu'Amour ne m'ait blesssée, Si ie luy dois céder, i'y veux estre forcée.
DAPHNÉ
Aduoiiez toutefois que parmy tant d'Amans Qui reuerent en vous des attraits si charmans. Il s'en treuue quelqu'vn qui vous plaist dauantage, Et dont plus volontiers vous agreriez l'hommage.
AMARILLIS.
Philidas vaut beaucoup.
DAPHNÉ
Que ses attraits sont doux.
AMARILLIS.
Mais ie le voy qui vient; ma sœur, retirons-nous.
DAPHNÉ
Craignez-vous son abord?
PHILIDAS.
le la voy rinhumaine.
DAPHNÉ, à Philidas.
le trauaillois pour vous; mais i'av perdu ma peine.