DAPHN'K
Et bien ic les vais lire; au moins en ma faueur Escoute seulement.
AMARILLIS.
Dcpesche donc , ma sœur.
DapJiné lit.
\Iuine Amarilli's, honneur de nos Bergères, Modère^ tant soit peu la rigueur de vos loiX^ Si dans ma passion iexcc\ de mes misères Ne m' interdisait point ivsage de la voix, l'éleuerois si haut vos beauté^ sans exemple^ Que vous aurie\ vn Temple,
Il faut ouyr le reste.
AMARILLIS.
Fais viste, ou ie te laisse.
DAPHNÉ
Qu'elle sçait bien cacher le tourment qui la presse.
Vostre }2om qui sans cesse occupe ma mémoire , Pourrait pompeiiseinent éclater dans mes vers, Et rien îi'empescheroit le bruit de vostre gloire D'estonner nostre siècle, et remplir Wnlucrs. Ainiei-vous mieux jna mort, ô beauté trop aimée! Que vostre Renommée ?
S'il faut que mon trépas contente vostre enuie Allant qu'il soit long temps ie feray voir à tous Que i'ay pris iusqu'ici quelque soin de ma vie, A dessein seulement de l'employer pour vous. Mais s'iljaut qu'vn beau coup finisse ma misère,
Voy-tu comme ta grâce a touché ses esprits, En composant ces vers, le sommeil l'a surpris. Par deux mots adioustez, tu peux finir sa peine. Et perdre en le saunant le tiltre d'inhumaine.
AMARILLIS.
Escris-les de ta main.
DAPHNÉ
La tienne l'a blessé.
46 AMARILLIS,
Donne donc, i'ccriray.
Quoy?
AMARILLIS.
Qu'il est insensé, Qu'il a peu de raison d'aimer ce qui le blesse, Que mon peu de dessein témoigne sa foiblesse. Enfin.
DAPHNÉ
N'acheue pas, donne-moy cet escrit.
Bons Dieux! on ne peut rien sur ce farouche esprit.
AMARILLIS.
Qu'y mets-tu?
DAPHNÉ
Qu'il espère.
AMARILLIS.
Espérances friuoles.
DAPHNÉ
Et si ie te veux faire aduoûer ces paroles, le veux à cet amant procurer ta pitié. le gaigneray ta hayne, ou luy ton amitié.
le iure à ton humeur vne éternelle guerre;
Cruelle, as-tu dessein de dépeupler la terre?
Et seras-tu constante en ce rigoureux poinct
De blesser tous les cœurs, et de n'en guérir point!
Espere-tu du prix à ta froideur extrême?
Et vaux-je moins que toy pour aduoiier que i'aime?
AMARILLIS.
L'Amour te paye-t'il du soucy que tu prends
De le rendre adorable aux cœurs indifférents?
Te charge-tu du soin d'establir son empire?
Ta voix peut-elle plus que les traits qu'il nous tire?
Si i'aimois Alcidor, il devroit son secours
A ses propres appas, et non à tes discours,
Son pouuoir t'est suspect, prenant pour luy les armes.
Et pensant l'obliger tu fais tort à ses charmes,
Son humeur seulement a de puissans appas,
Et peut plus que ta voix.
DAPHNÉ
Et tu ne t'y rends pas?
AMARILLIS.
En voudrois-tu jurer?
DAPHNÉ
Oiiy, si ie te dois croire.
48 AMARILLIS,
AMARILLIS.
Il peut beaucoup sans tov, n'oste rien à sa gloire.
Qu'elle est dissimulée.
PHILIDAS,