‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 40 sur 98 · DAPHN'K · texte numérisé non relu

DAPHN'K

Et bien ic les vais lire; au moins en ma faueur Escoute seulement.

AMARILLIS.

Dcpesche donc , ma sœur.

DapJiné lit.

\Iuine Amarilli's, honneur de nos Bergères, Modère^ tant soit peu la rigueur de vos loiX^ Si dans ma passion iexcc\ de mes misères Ne m' interdisait point ivsage de la voix, l'éleuerois si haut vos beauté^ sans exemple^ Que vous aurie\ vn Temple,

Il faut ouyr le reste.

AMARILLIS.

Fais viste, ou ie te laisse.

DAPHNÉ

Qu'elle sçait bien cacher le tourment qui la presse.

Vostre }2om qui sans cesse occupe ma mémoire , Pourrait pompeiiseinent éclater dans mes vers, Et rien îi'empescheroit le bruit de vostre gloire D'estonner nostre siècle, et remplir Wnlucrs. Ainiei-vous mieux jna mort, ô beauté trop aimée! Que vostre Renommée ?

S'il faut que mon trépas contente vostre enuie Allant qu'il soit long temps ie feray voir à tous Que i'ay pris iusqu'ici quelque soin de ma vie, A dessein seulement de l'employer pour vous. Mais s'iljaut qu'vn beau coup finisse ma misère,

Voy-tu comme ta grâce a touché ses esprits, En composant ces vers, le sommeil l'a surpris. Par deux mots adioustez, tu peux finir sa peine. Et perdre en le saunant le tiltre d'inhumaine.

AMARILLIS.

Escris-les de ta main.

DAPHNÉ

La tienne l'a blessé.

46 AMARILLIS,

Donne donc, i'ccriray.

Quoy?

AMARILLIS.

Qu'il est insensé, Qu'il a peu de raison d'aimer ce qui le blesse, Que mon peu de dessein témoigne sa foiblesse. Enfin.

DAPHNÉ

N'acheue pas, donne-moy cet escrit.

Bons Dieux! on ne peut rien sur ce farouche esprit.

AMARILLIS.

Qu'y mets-tu?

DAPHNÉ

Qu'il espère.

AMARILLIS.

Espérances friuoles.

DAPHNÉ

Et si ie te veux faire aduoûer ces paroles, le veux à cet amant procurer ta pitié. le gaigneray ta hayne, ou luy ton amitié.

le iure à ton humeur vne éternelle guerre;

Cruelle, as-tu dessein de dépeupler la terre?

Et seras-tu constante en ce rigoureux poinct

De blesser tous les cœurs, et de n'en guérir point!

Espere-tu du prix à ta froideur extrême?

Et vaux-je moins que toy pour aduoiier que i'aime?

AMARILLIS.

L'Amour te paye-t'il du soucy que tu prends

De le rendre adorable aux cœurs indifférents?

Te charge-tu du soin d'establir son empire?

Ta voix peut-elle plus que les traits qu'il nous tire?

Si i'aimois Alcidor, il devroit son secours

A ses propres appas, et non à tes discours,

Son pouuoir t'est suspect, prenant pour luy les armes.

Et pensant l'obliger tu fais tort à ses charmes,

Son humeur seulement a de puissans appas,

Et peut plus que ta voix.

DAPHNÉ

Et tu ne t'y rends pas?

AMARILLIS.

En voudrois-tu jurer?

DAPHNÉ

Oiiy, si ie te dois croire.

48 AMARILLIS,

AMARILLIS.

Il peut beaucoup sans tov, n'oste rien à sa gloire.

Qu'elle est dissimulée.

PHILIDAS,

Page 1