‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 39 sur 98 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

AMARÏLLIS, DAPHNÉ, PHILIDAS.

AMARÏLLIS.

Dieux! que ces importuns ont peu de complaisance, Et qu'il est mal-aisé d'éuiter leur présence. Ma sœur, n'y sont-ils plus?

DAPHNÉ

Ouy, ie les voy là bas.

AMARÏLLIS.

Adieu.

Reuiens, ie ris, et ie ne les voy pas.

AMARÏLLIS.

Je m'aime auiourd'huy seule, et si pas vn se montre...

DAPHNÉ

Dieux! quelle peur as-tu?

AMARILLIS,

Celle de leur rencontre.

DAPHNÉ

Philidas te déplaist, cruelle, tu le fuis.

AMARILLIS.

Par fois selon l'humeur et le temps où ie suis,

En de certains momens i'aime d'ouyr sa plainte,

Je luy répons des yeux, et ie flatte sa crainte;

le vante son esprit , i'estime ses discours ;

Mais cette belle humeur ne dure pas toujours.

Fabhorre bien souuent vn si triste langage.

Et quelque Amant plus gav me plairoit dauantage.

DAPHNÉ

Tu le peux rendre tel.

Comment?

DAPHNÉ

Par la pitié.

Paye ce que tu dois à sa chaste r.mitié; le le paye à l'amour que son ami me porte; Imite mon humeur, traite-le de la sorte. Celidan autrefois n'estoit pas si ioyeux, Alors que ie treuuois son abord ennuyeux.

44 AMARÎLLIS,

Mais ie voy Philidas sous cet espais feuillage; Voy comme les ennuis ont changé son visage; Le Ciel ferme ses yeux pour arrester ses pleurs, Et tu ne seras pas sensible à ses douleurs? Lis ces vers qu'il t'adresse.

AMARILLÎS.

O Dieux! cette importune M'imputera toujours ma mauuaise fortune.

Page 1