SCENE lîl
AMARILLIS, CLEONTE.
Vc Cîconte est chagrin!
CLEONTE.
Et qu'il Test iustcmcnt.
Ha! scjour malheureux.
AMARILLIS.
Ha Dieu! quel changement!
Ces plaines que tantost vous auez tant prisées Et que vous préfériez aux plaines Elisées, N'ont-clles pas encor leur première beauté? D'où vient à vostre humeur cette inégalité?
CLEONTE.
Que ce lieu soit charmant, qu'il soit incomparable. Bergère, sa beauté m'est peu considérable; Ce sont des appas morts, sujets au moindre vent, Et qui touchent les yeux, sans passer plus auant; Mais l'en treuue...
AMARILLIS.
Acheuez.
CLEONTE.
Helas! que puis-jc dire?
Lors que ie veux parler, il faut que ic soupire.
AMARILLIS.
Que Cleonte sçait bien feindre des passions.
O Dieux! comme il contraint toutes ses actions.
Que la franchise est rare en ce siècle oui nous sommes!
La feinte seulement est la vertu des hommes,
Surtout l'art de tromper est fréquent à la Cour;
Qui dit vn Courtisan, dit vn fourbe en amour.
L'vn pour se diuertir se fait vne Maîtresse ;
L'autre fait le galant pour montrer son adresse;
LVn par coustume agit, l'autre par intercst;
Enfin tous sont Amans, et si pas vn ne l'est.
CLEONTE.
Ne vous offensez point, diuin charme des Ames, le ne vous diray rien de mes nouuelles fiâmes. Dans mes plus vifs accez ie ne me plaindray pas, Et pour vostre repos i'éuiteray vos pas. Je n'augmenteray point cette troupe importune Dont vous tenez en main l'espoir et la fortune.
^4 AMARILLIS,
Je ne réclamera}' ny vos vœux, ny vos soins , le sçauray mieux aimer, et le témoigner moins. C'est desia trop parler. Dieux! quelle ardeur me presse! Que mesmc en promettant i'enfraigne ma promesse.
AMARILLIS.
Las d'exercer ailleurs cette éloquente voix, La venez-vous, Clconte, exercer dans ces bois? Espargnez nos esprits, dont les moeurs inciuilcs Ont bien peu de rapport auec celles des Villes, Et ne m'obligez point aux mesmes complimens Que celles de Lyon rendent à leurs Amans; Ils seroient mal fondez, et ie reçois les vostres Comme vn propos coir.mun que vous tenez à d'autres.
feignent de s'en aller.
l'ay promis de me taire, adieu. Mais quelque iour On ne vous verra plus douter de mon amour.
AMARILLIS.
Non, non, encor vn mot; ô Dieux! qu'il sçait bien
feindre, On diroit qu'en effect son cœur se laisse atteindre.