SCENE V
CLEONTE, AMARILLIS.
Vc ce teint est changé ! quelle douleur vous presse? Dieux! qu'est-ce que ie voy?
AMARILLIS.
Vous causez ma tristesse.
CLEONTE.
Quoy? vous suis-je importun?
Vostre ciuilité Ne peut iamais passer pour importunité,
Et l'on souhaite plus qu'on ne hait vos visites. Depuis qu'on a conneu de vos rares mérites.
CLEONTE.
Bergère, épargnez-moy, puisque les complimcns Doiuent estre bannis d'entre les vrais Amans. Ma seule affection vous est considérable, Et le moindre mérite est au mien préférable; le connois mes deffauts; pour me bien estimer AuDiiez seulement que ie sçay bien aymer. l'ay peu de vanité, mais au soin de vous plaire ïl faut que tout me cède, et que tout me defferc.
AMARILMS.
Vous promettez beaucoup.
CLEONTE.
le fais encore plus, Mais tenez pour suspects ces propos superfîus. Doutez si ie vous ayme! ordonnez à mon amc De prouuer à vos yeux cette immortelle flame. Quel effect de valeur vous en peut asseurer? Baiseray-Je vos pas? vous faut-il adorer? M'ouuriray-je le sein? sçauez-vous quelque signe Qui prouuast mieux encor ma passion insigne? Fattesterois en vain les hommes et les Dieux, Je ne désire point de témoins que vos yeux.
oo AMARILLIS,
J'en veux pourtant auoir vn autre témoignage, A quelques pas d'icy, dans vn sacré boccagc, Où luit auec respect le clair flambeau du iour, Est la fontaine enfin des veritcz d'amour. Là, de ce puissant Dieu les décrets équitables D'vne soudaine mort punissent les coupables, le croy quWmarillis y conduisant vos pas, Après tant de sermens, ne vous expose pas.
CLEONTli:.
Si la fidélité se fait voir dans cette onde,
La mienne y paroistra la plus belle du monde,
Jusqu'à l'heureux moment de l'assignation,
Accordez quelque gage à mon affection.
Ce bracelet me charme; oscray-je le prendre?
Ce soir au rendez-vous ic promets de le rendre.
AMARILLIS.
Vous me le rendrez donc?
CLEONTE.
Faucur digne d'vn Dieu, le n'y manqueray pas.
AMARILLIS.
le vous en prie.
CLEONTE.
Adieu.
La Bergère qui vient est à mon autre Amante.