SCENE III
PHILIDAS, CLEONTE.
PHILIDAS.
pNtin sans m"abuser d'inutiles paroles,
Flatez-vous pas mon mal d'espérances friuolcs? Amarillis veut-elle appreuuer mes douleurs? El prendre enfin pitié de voir couler mes pleurs?
CLEONTE.
Vous pouuez espérer puisque tout vous succède. Et qu'on a pour vos maux préparé du remède, Tay disposé son cœur à n'estimer que vous. Vous causez maintenant ses pensers les plus doux, Et vous verrez ce soir l'effect de ma promesse, Si l'Amour %-ous permet assez de hardiesse.
PASTORALE. loi
Pour seruir cette Belle il n'est point de danger Où mon affection ne me fist engager; Et les chastes ardeurs dont i'ay Famé enflammée Disposeroient ce bras â combattre vne armée.
CLEONTE.
La voyant au milieu des Lyons et des Ours, Pourriez-vous l'en tirer, et conseruer ses iours?
PHILIDAS.
J'employrois mes efforts, et ie vaincrois leur rage, Si la force et l'adresse égaloient mon courage.
CLEONTE.
Et si vous la voyez dans vn brazier ardent?
PHILIDAS.
Je m'irois exposer à cet autre accident.
CLEONTE.
Il est besoin de plus.
PHILIDAS.
De rien que ie ne fisse,
102 AMARILLIS,
Pour elle ie voudrois franchir vn précipice. Mais ne me celez rien, et m'ostez de soucv.
Amarillis ce soir vous attend seule icy,
Cette rare beauté chérit vostre seruage.
Et le soing que i'ay pris vous procure ce gage,
Luy donnant le bracelet.
Amenez seulement à l'assignation L'Amour, la retenue et la discrétion.
PHILIDAS.
O Dieux! que dites-vous?
CLEONTE.
Que ie tiens ma promesse, Seruez fidellement cette belle Maîtresse. Adieu, viuez content, et gardez ces cheueux. // s'en va.
PHILIDAS.
Si mon bonheur n'est faux, que ie vous doy de vœux! Auoir tant obtenu de cette ame de roche; Mais déia la soirée, et mon repos approche, Attendant le bonheur de receuoir ses Loix Allons resver vne heure au profond de ce bois.
PASTORALE. io3
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