‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 64 sur 98 · Satyre · texte numérisé non relu

Satyre

Il se faut retirer.

/ . Satyre.

Ha! bons Dieux! ie suis mort!

Sans moy, belle Bergère, ils vous auoient rauie.

io6 AMARILLIS,

AMARILLIS.

l'auouë, ô Philidas, que ie vous doy la vie. Mais quel si grand bonheur guidant icy vos pas M'a preste ce secours que ie n'attendois pas?

PHILIDAS.

C'est l'effet seulement de mon obéissance. Et vous ne m'en deuez nulle reconnoissance. Mais que iugerez-vous de mon affection M'estant treuué si tard à l'assignation?

AMARILLIS.

Quelle assignation?

'Vous semblcz estonnee; A l'assignation que vous m'auez donnée.

AMARILLIS.

Moy, ie vous ay donné quelque assignation?

PHILIDAS.

Et d'où vous peut venir cette confusion ?

AMARILLIS.

Quoy! ie vous attendois?

PHILIDAS.

La chose est tres-certainc.

En quel endroit encor?

PHILIDAS.

Au bord de la fontaine.

Soyez vn peu sensible aux rigueurs de mon sort, Vous connoisscz Cleonte, il m'a fait ce rapport.

AMARILLIS.

Et que vous a-t'il dit?

PHILIDAS.

Qu'à la fin mon martyre Vous auoit disposée à THymen où i'aspire.

AMARILLIS.

Vous croyez, Philidas, vn peu légèrement; le ne l'ay point chargé de ce commandement. L'amour ne permet pas à vostre resverie De discerner le vray d'auec la raillerie; Cleonte vous gaussoit.

PHILIDAS.

Ces chcueux toutesfois Me doiuent confirmer le rapport de sa voix,

io8 AMARILLIS,

Il a receu pour moy ce fauorable gage

Par qui vous témoignez de chérir mon seruage.

AMARILLIS.

Donnez que ie le voyc.

Il vient de vous,

AMARILLIS.

O Dieux!

Dois-jc auoiier icy mon oreille et mes yeux?

PHILIDAS.

D'où naissent vos soupirs et vostre inquiétude?

AMARILLIS.

Est-il vn crime égal à ton ingratitude? Traistre! lâche Tyran de mes affections, Tu reconnois ainsi mes chastes passions? Barbare! indigne objet du séjour où nous sommes! Peste de rVniuers! le plus méchant des hommes!

PHILIDAS.

O Dieux! qui rend ainsi vostre esprit furieux? Pourquoy me donnez-vous ces noms iniurieux?

AMARILLIS.

le ne vous parle pas, i'adresse ces iniures

Au pire des mortels, au plus grand des parjures;

Quî meritoit le moins l'honneur de mon amour, El le plus beau pourtant qui respire le iour.

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