CI.EONTE
T^V n'en peux plus douter, entens d'icy sa pleinte, Et lotie auecque moy cette agréable feinte.
AMARILLIS.
Quelle rage est pareille à mon ressentiment?
Et qui me vangera de ce pertide Amant?
Si vous seruez, Berger, mon amour outragée,
Et si par vostre bras ie puis estre vangee,
Vous ne pousserez plus d'inutiles soupirs,
Mon inclination se range à vos désirs;
Vn hymen bien-heureux terminera vos pleintes,
Si comme ses ardeurs les vostres ne sont feintes,
Percez ce lâche sein que ie n'ay sceu blesser.
CLEONTE, venant à elle.
Il m'obligeroit fort s'il s'en pouuoit passer.
iio AiMARILLIS.
AMARILLIS.
Quoy! tu parois cncor, détestable parjure? Et tu n'espères pas qu'on venge mon injure?
CLEONTE,
Vous m'accusez à turi, adorable beauté,
Tyrene répondra de ma fidélité,
Jl est Tvnique objet de Tardeur qui m'enflame,
11 possède tout seul et mon cœur, et mon ame.
Nos destins sont vnis par vn mesme lien;
Et si quclqu'vn m'attaque, il deffendra son bien.
AMARILLIS,
A-t'il perdu le sens?
CLLONTE.
Ouy, car i'ayme vn volage, Qui trahissoit pour vous vne foy qui l'engage, Mais il ressent enfin sa première amitié.
AMARILLIS.
Dieux! qu'il est insensé! croit-il estre Bergère?
CLEONTE.
Jugez-le par ce sein.
PASTORALE. m
AMARILLIS.
O mcrueilleux mystère!
Qu'vne agréable feinte a nos yeux abusez! l'excuse maintenant si vous me méprisez.
PHILIDAS.
0 Dieux! qui Teust pensé?
CLEONTF..
Pour bannir ma tristesse, J'ay voulu dans ces lieux éprouuer mon adresse, Et Tyrene doutoit sçachant vostre rigueur, Que i'eusse assez d'attraits pour toucher vostre cœur. Par diuertissement i'entrepris cette feinte, Aduouez, sans rougir, que vous estiez atteinte. Mais quels sont vos désirs, ie ne puis rien pour vous, Philidas vous promet des passe-temps plus doux. Et par le doux lien d'vne ardeur mutuelle. Vous deuez reconnoistre vn Amant si fidclle.
AMARILLIS.
le reçoy, Philidas, vostre cœur de sa main , Vous n'accuserez plus ny rigueur, ny dédain,
112 AMARILLIS,
Me voila disposée à vous rendre iusîice, Et vous deuez ce bien à ce doux artilice. Adieu, retirons-nous, et viuons tous contens.
CLEONTE.
Il faut encor iouyr dVn autre passe-temps. Aimable Amarillis, si i'ay sceu vous surprendre, De mes ruses Daphné n'a pas sceu se défendre, Jl faut Palier chercher.