I. T. II, p
SLR AMARILLIS 123
« Florante aime Filandre, qui lui adresse des vœux;
« mais la vue de Célimène a bientôt rendu ce dernier
« infidèle, quoique cette belle reçoive fort mal sa dccla-
« ration. Florante, jalouse à juste titre, attribue par
« ironie la froideur de Célimène au peu de moyens de
« plaire de Filandre; celui-ci, piqué, offre à Florante
« des habits d'homme, pour essayer si la conquête de
« Célimène est une chose si facile. Mais Florcnte, sous
« le nom de Floridan, touche en effet le coeur de Céli-
0 mène, et sa déclaration est si tendre que Filandre, qui
« en est témoin, reprend pour elle ses premiers senti-
« ments. Les attraits de Florante sous des habits
« d'homme séduisent non seulement Célimène, mais
« encore Félicie, sa sœur; celle-ci lui écrit pour lui
« indiquer un rendez-vous; Célimène lui donne un
« bracelet de ses cheveux. Les amants de ces deux beau-
« tés cherchent Floridan pour lui faire mettre l'épée à
« la main; mais il leur abandonne les dons de leurs
« maîtresses, comme étant chargé par elles de les leur
« remettre; ces deux amants vont adresser à leurs infi-
« dèles des remerciements de ces faveurs inattendues,
« et ces deux Jeunes beautés, au désespoir de se voir
« trompées par Floridan, promettent chacune a leurs
« amants de leur accorder la main, s'ils parviennent à
« les venger du parjure Floridan ; mais Florante se fait
« connaître à elles en se découvrant le sein, et la pièce
« finit par un triple mariage. » Cette comédie est, on le
voit, si singulière et si dénuée d'intérêt ' qu'il est bien certain que Tristan n'eût pas spontanément entrepris de la remanier et de la remettre au théâtre; il Ta fait à la prière des amis de Rotrou % et, Tépoque se trouvant favorable à une renaissance de la pastorale, Amaryllis eut une vogue étonnante, que n'avait pas eue Célimènè.
« Les retouches opérées par Tristan étaient bien aussi pour quelque chose dans ce succès, comme le reconnaissent les frères Parfaict ^ Mais quelle est au juste la part de Tristan dans V Amaryllis? C'est là seulement ce qui nous intéresse, et il n'est pas facile de l'établir. UAve?-tissement de l'imprimeur nous dit bien que l'auteur de Mariamne a fait les « stances » et « les scènes des satyres », et voilà deux points importants acquis; mais il ajoute : « et quelques autres endroits que vous verrez ». Quels sont ces endroits?
« Rien ne serait plus aisé que de les retrouver, si le travail de Tristan avait été fait directement sur le texte de la Célimènè : toute variante relevée dans celui d'^m^z- /^//w serait évidemment l'œuvre du second poète. Mais, par malheur, les choses ne sont pas aussi simples : c'est sur l'ébauche même de Rotrou, sur « le premier crayon de sa pastorale imparfaite », que Tristan a travaillé; cette ébauche est perdue, naturellement *; de sorte qu'à
I. Frères Parfait, t. V, p. 9 : « Ce poème est des plus faibles ». 1. Avertissement de l'imprimeur an lecteur.