LETTRE DV GRAND VIZIR
Seigneur, par cet Exprès, i'auertis ta Hautesse, Que le Mouphti dispute auec ton grand Vizir, Et fait lutter les Loix et sa feinte sagesse Contre sa propre gloire et son propre désir.
Si l'ose mettre icy l'espoir dont ie me flatte. De l'offre auantageuse il est fort combattu; Mais auant que céder il veut qu'on le combatte, Et que sa résistance exprime sa vertu.
Tandis vn bruit confus s'espand parmy la ville; Ce qui pour ton respect m'afflige au dernier point. Encor pour coniurer cette Guerre ciuile, le fais chercher l'Aga et ne le trouue point.
Dans Taueugle transport d'vne brutalle rage, le voy de tous cotez le Janissaire armé. Seigneur, fay donner ordre à ce naissant orage, le voudrois estre mort et qu'il fust bien calmé.
La SVLTANE.
Seigneur, vostre Vizir, si l'entends bien sa lettre, Du costc de l'amour vous semble tout promettre; Mais il y marque aussi que les mauuais Destins Semblent vous menasser du costé des mutins.
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OSMAN
C'est se troubler l'esprit dVne crainte inutile, Nous mettrons bien-tost Tordre et la paix dans la ville : Et nous viendrons à bout d'vn plus puissant party, Ayant auecque nous la fille du Mouphti.
Parlant à l'Eunuque.
Dis luy qu'il m'est aisé de calmer la tempeste, Qui bruit près du Serrail et gronde sur sa teste, Et que le seul péril dont il est menacé, Est à n'acheuer pas ce qu'il a commencé. Il n'a qu'à satisfaire à mon ardente enuie, Pour asseurer par là mon bon-heur et sa vie; Qu'il presse le Mouphti, ie te le dis encor.
Parlant à l'Huissier.
Qu'on luy donne vne Veste et qui soit de drap d'or.
Fin du premier Acte.
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