T. VII, p
2. Le manuscrit de Laurent MAhelot ( Bibl. nat. , f. fr. , n» 24230, f"> 48 ) nous a conservé l'indication du décor de la Cclimcne : « Au milieu du théâtre il faut un bassin de fontaine, en perspective, entre deux maisons . garnies de balustres, branchages et verdure. A un côté du théâtre, rocher, antre, palissades et arbres de haute futaie, où se cachent deux acteurs. De l'autre côté du théâtre il faut un siège, en rocher, et forme de table, en rocher, où quelqu'un écrit, une écritoire pour mettre à la poche garnie , du papier, deux lettres, une casaque de laquais et deux habits de voleurs « Malheureusement, ce manuscrit s'arrête en i636; mais le récit qu'a laissé Segrais de la représentation d'Amaryllis dans les bois de Saint-Fargeau nous permet de nous imaginer le décor dans lequel la pastorale fut jouée à l'Hôtel de Bourgogne. [Nouvelles françaises , t. II, p. 249-233) : « Il y avait un petit tertre, qui, heureusement, s'élevait dans cette figure même qu'on donne d'ordinaire aux théâtres. Il était fermé d'un côté d'une grosse roche, d'un buisson fort épais par l'autre, et, dans son enfoncement, des plus beaux arbres de la forêt, qui composaient la plus régulière perspective qu'on puisse imaginer. Enfin, par quelque caprice de la nature,... ce lieu était tout à fait semblable au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne quand les comédiens représentent VAmaryllis... Du rocher qui fermait un des côtés de ce théâtre découlait une source d'eau vive,... et dans le milieu du théâtre, vers son enfoncement, elle s'arrêtait dans un grand bassin, qui représentait un parfait carré, et enfin de cette sorte même que les comédiens s'étudient avec soin de représenter celle de la vérité d'amour » (Voir le dénoûment de VAstre'e).
changé, avec les costumes et les noms '; la pièce a été transportée « au bord du Lignon », près du « palais d'Ysoure », au temps du roi Gondebaud, parmi les bergers et les bergères de VAsîrée '. Tous ces souvenirs du roman de d'Urfo, les noms de Philis, de Diane, d'Astrée, sembleraient trahir la plume de Tristan, qui, nous l'avons vu par Le Page disgracié et par plusieurs poésies de sa jeunesse, était passionné pour ce beau roman pastoral. Mais Rotrou ne Tadmirait peut-être pas moins, et dans tous les cas, voulant écrire une pastorale six ans seulement après que Baro avait publié le dernier volume deVAstrce[i62j), il serait tout naturel qu'il l'eût placée dans le cadre devenu traditionnel : le roman de d'Urfé n'avait-il déjà donne naissance à un nombre incalculable de pastorales, et La Pinelicre ne nous montre-t-il pas en i635 tous les jeunes auteurs apportant aux comédiens
1. Célimène est devenue Amaryllis, FIorante-FIoridan , Bélise-Cléonte. Orante-Lysinit-ne, Filandre-Tyrène, Félicie-Daphné, Alidor-Philidas, Lysis-Célidan ; le laquais a été remplacé par Climante (bergère), domestique de Dapliné, et les deux Voleurs par trois Satyres. Tous les nom» propres de V Amaryllis se trouvaient-ils déjà dans l'ébauche de Rotrou? II est permis d'en douter : au second acte iso.iv) Amaryllis dit à Daphné, qui lui parle en faveur de Philidas :
Si j'aimais Alcidor, il devrait son secours A ses propres appas et non à tes discours.
Ce lapsus de Tristan semble établir que dans la pastorale primitive Philidas avait nom Alcidor; il s'appelait yl/j'if or dans ]a Ce'liméne {Il , m). A ! acte III (se. ii) d'Amaryllis nous trouvons encore Alcidor pour Philidas, tandis que le texte de la Célimène continue à por'er Alidor.