DE TRISTAN L HKRMITE XXV
Quel éiaiî ce « Viettc » dont Tristan a traduit le manuscrit latin? Tout simplement le grand mathématicien François Viète, qu'on a pu considérer comme le second inventeur de Talgèbre. Sa vie ne nous est guère connue que par le CXXIX= livre de VHisioire écrite par son ami de Thou. Il mourut en i6o3, dans son année climatérique : il était donc né en 1540. Ses livres sont très rares; car ceux de ses ouvrages qu'il publia, il les fit imprimer à ses frais, et les distribua seulement à ses amis et aux savants capables de les comprendre. En 1646, un professeur de Leydc, Schooten, les a réunis et réimprimés en un seul volume. II est donc probable que le manuscrit traduit par Tristan ne fut jamais imprimé.
Comment était-il tombé dans les mains de notre poète?
Deux hypothèses se présentent. Né à Fontenay-Ie- Comte, dans le Bas-Poitou, Viète était presque compatriote du grand Scévole de Sainte-Marthe, chez lequel Tristan avait, dans sa jeunesse, vécu plus d'une année à Loudun avant de rentrer à la cour. Il nous a conté dans Le Page disgracié comment le bon Scévole lui avait confié « le soin de sa bibliothèque » ; dans son ardeur pour l'étude, et aussi parce qu'il donnait des leçons à une parente de son maître, le jeune homme passait ses jours et ses nuits à faire des extraits dans ses
XXVI POSTFACE DES ŒUVRES DRAMATIQUES
livres imprimés et manuscrits. Il est donc possible qu'il ait trouvé et copié le manuscrit de Yicte dans la bibliothèque de Scévole, « un des plus grands hommes du siècle » , que TEuropc savante entourait de sa vénération et avec lequel Viète était bien certainement en relation.
Il se pourrait également que Tristan eût trouvé ce manuscrit chez îesLavardin, dans la bibliothèque du marquis de Lavardin, gouverneur du Maine, ou dans celle de son frère, Charles de Beaumanoir, le spirituel et éloquent évoque du Mans.
Que valent les trois petits traités qui composent Touvrage?
Le Ti'aitc de la Sphcrc, où il est explique « que la terre est au centre du monde », n'a d'autre intérêt que de nous montrer ce que croyaient et enseignaient les contemporains de Galilée.
Les Elemens de Géographie ne sont guère qu'un manuel, et même le plus aride des manuels, puisqu'il est des pages entières qui n'offrent qu'une énumération de noms propres. Rarement une courte réflexion interrompt rénumération. Le plus souvent alors l'écrivain rattache à un nom de pays ou de localité un souvenir historique, vrai ou faux : il rappelle qu'en Crète était le labyrinthe de Dédale, ou il identifie le détroit de Négrepont avec « TEuripe des Anciens, où Aristote se noya », et « l'isle de Val comparo » avec « Itaque, païs d'Ulysse » ; ou bien il fait une très rapide histoire de la