‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 11 sur 89 · LE ROY. ALFONSE · texte numérisé non relu

LE ROY. ALFONSE

LE ROY

SI VOUS me dites vray, ie suis fort imprudent Puisque de mon Riual i'ay fait mon Confident. Et ie tiens fort douteux, s'il est amoureux d'elle, Qu'il m'ait fait de sa part vn rapport bien fidelle. Ou qu'estant sous ses Loix bien auant engagé Il ait bien accompli ce dont ie I'ay chargé.

ALFONSE

Sire, de cet amour il n'est qu'vn sourd murmure,

Personne n'en sçait rien sinon par coniecture.

Mais c'est l'opinion des plus subtils esprits

Que de cette beauté Palamede est épris.

Il rend depuis long-temps de grands soins à son père,

Et l'on s'en imagine vn amoureux mistere.

LE ROY

De sa secrette amour c'est possible vn effet, Len conçoy quelque doute au raport qu'il m'a fait. Dire qu'insolemment elle ait rompu ma lettre? Le respect qui m'est deu ne le sçauroit permettre, lamais vne sujette à qui l'on fait honneur, Ne peut ainsi traitter son souuerain Seigneur.

Il est vray que ce sexe à qui tout rend hommage Croit souuent obliger lors mesme qu'il outrage. Possible est-ce l'ombrage et l'incrédulité Qui luy font pratiquer cette inciuilité, Quoy qu'on ait peu luy dire, elle doute peut-estre Qu'elle eust tant de bonheur que d'épouser son Maistre, Croit que c'est vne ruse, afin de l'engager, Et par ce faux mespris elle veut se vanger.

L'esprit de Palamede est vn esprit solide. Que la raison gouuerne, et que la vertu guide. le cognois de long-temps quel zèle il a pour moy, le n'ay point de suiet de soupçonner sa foy. Il n'a iamais aimé que la gloire des armes. C'est en ce seul suiet qu'il peut trouuer des charmes.

Puis, que m'importe-t'il qu'il en soit enflamé Pourueu qu'absolument il n'en soit pas aimé? Cette ieune Merueille en beauté sans seconde Peut de sa seule veuë embrazer tout le monde. Si i'auois à punir ce qu'enflament ses yeux l'aurois à me vanger de la terre et des Cieux.

Sa grâce en tous suiets imprime sa puissance,

Tout rit à son abord, tout pleure son absence,

Et ie m'engagerois à d'estranges tourmens

Si i'alois me piquer contre tous ses Amans.

Ils sont dans la tourmente, et ie suis dans le calme,

Ils en auront la peine et l'en auray la palme;

Et le rang glorieux où le Ciel m'a placé

Me rendra seul aimable et seul récompensé.

Mais sans plus différer il faut prendre vne voye.

Qui brise tout obstacle et me comble de ioye.

Ne voy-ie pas Ariste, il vient bien à propos

Pour me tirer de peine et se mettre en repos.

Il le faut appaiser; approchez-vous, Ariste,

Et ne vous tenez plus dans vne humeur si triste.

D'où vient cette froideur? Quel est vostre souci?

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