LE PAGE
A Palamede.
A moy?
Donnez.
ROSELIE.
Que pourroit-ce estre ? ô Cieux! le cœur m'en tremble.
PALAMEDE.
Madame, s'il vous plaist nous le verrons ensemble.
Billet du Roy.
Qu'on n'oppose point de délais A mon amoureuse folie; Tout le monde attend au Palais L'incomparable Roselie.
Lorsque cette beauté sera preste à partir Venez soudain m'en auertir.
ROSELIE.
Va donc le retrouuer, ne le fais plus attendre.
le sçay bien sur ce poinct quels conseils ie dois prendre.
PALAMEDE.
Quel conseil prendrez-vous que d'obeïr au Roy?
ROSELIE.
Vn qui te fera voir la grandeur de ma foy. Vn conseil glorieux que m'a donné mon père, Et sur qui i'ay fondé tout le bien que i'espere.
Me découurirez-vous ces auis importans?
ROSELIE.
Va, tu les aprendras auant qu'il soit long-temps.
PALAMEDE.
Mais que diray-ie au Roy qui meurt d'impatience?
ROSELIE.
Que l'honneur qu'il me fait me tient en deffiance. Que ie n'ignore pas ses amours du passé. Que i'ay rompu sa lettre et que ie t'ay chassé. Détestant hautement ce grossier artifice.
PALAMEDE.
Ciel, qui voids ce dessein, permets qu'il réussisse, Mais de grâce, Canope, accompagnez ses pas, En ces extremitez ne l'abandonnez pas.
Essayez de calmer par vn conseil fidelle L'orage impétueux qui trouble cette belle. Qu'elle permette enfin qu'en ces aduersitez le serue de victime aux Astres irritez. Qu'elle profite enfin de mon sort déplorable. Qu'elle soit seule heureuse, et moy seul misérable. Il est déterminé qu'vn chef-d'œuure si beau S'auance vers le thrône, et moy vers le tombeau.
Rendez pour mes malheurs sa peine moins sensible.
CANOPE
le feray sur cela tout ce qui m'est possible. Mais, Seigneur, ie plains bien vostre funeste sort.
PALAMEDE.
Conseruez bien sa vie, et pleignez moins ma mort.
CANOPE
Ah! ne conceuez pas ces volontez cruelles.
PALAMEDE.
Allez, vous aprendrez bien-tost de mes nouuelles.
Fin du second Acte.
ARGVMENT DV
TROISIESME ACTE
I . T E Roy de Sardaigne , estonné du refus que Ro- I selie fait de son amour, apprend que Palame- "^■^ de l'ayme. 2. Et de peur que son Fauory estant secrettement son riual, n'eust pas déclaré fidèlement son intention à cette Fille, en parle à son père, et le meine à son appartement pour luy découurir son légitime dessein deuant sa Fille. Le Roy la treuue morte de poison, et lit vn papier où elle rend son père et Palamede complices de sa mort. Il donne là dessus les ordres pour faire arrester son Fauori, qu'il croit estre criminel; et maltraite de paroles le père de Roselie. 3. Icy, la sagesse d'Ariste est ébranlée : Il demande aux Philosophes anciens la cause de tant d'iniustes disgrâces; et dans ce transport semé ses Liures sur le Théâtre.