‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 13 sur 89 · LE CAPITAINE DES GARDES · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE DES GARDES

CLEOGENE.

Ire, vous apprendrez vn estrange malheur Qui va porter son père à mourir de douleur.

LE ROY

Comment? quel accident?

CLEOGENE.

Ce rideau qui se tire Vous en fera plus voir que ie n'en sçaurois dire.

LE ROY

Quel spectacle est-ce icy? qu'aperçoy-ie, ô grands Dieux ! Quel pitoyable objet se présente à mes yeux? Quoy? Roselie est morte? ô Cieux! est-il possible? Ce coup est surprenant autant qu'il est sensible. Son front est tout glacé. Canope est morte aussi ; Ariste, approchez-vous, dites-moy qu'est-ce cy? Qui dedans cette coupe a mis ce noir breuuage Et quel monstre infernal a fait tout ce rauage?

O sanglante disgrâce! ô cruel desespoir!

Mais nommez-en TAutheur, car ie le veux sçauoir.

Dites,

ARISTE

puis qu'il vous plaist, ie m'en vais vous le dire :

C'est vostre Majesté.

LE ROY

C'est moy?

ARISTE

Oûy, c'est vous, Sire.

LE ROY

Reprenez vos esprits, vous perdez la raison.

ARISTE

C'est de vous que ma fille a receu le poison.

LE ROY

De moy?

ARISTE

Oiiy, c'est de vous, la chose est asseurée. C'est vostre indigne amour qui l'a désespérée. Vos désirs déréglez ont causé ce malheur.

LE ROY

Il faut que ie pardonne à sa iuste douleur.

ARISTE

Ne me pardonnez point, ordonnez que ie meure, La plus soudaine fin me sera la meilleure. Au lieu de me seruir cette faueur me nuit. Quelle grâce on me fait, après m'auoir destruit? Que peut-on aiouster à cette violence?

Page 1