‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 17 sur 89 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LE ROY

FAut-il que la rigueur des Astres irritez Mesle cette infortune à mes prosperitez? Est-ce vn ordre estably des puissances diuines De n'enuoyer iamais des roses sans espines?

Comme si leur bonté ne pouuoit nous donner

Vn seul trait de douceur sans nous Tempoisonner.

Mes armes ont calmé TEmpire de Neptune;

Fay des Princes d'Afrique abaissé la Fortune,

Et i'ay fait des Vassaux de ces petits Tyrans

Qui vouloient prendre place au rang des Conquerans.

Et lors que i'ay plus fait que l'on ne sçauroit croire,

Au poinct que ie me voy tout couronné de Gloire,

En ce pompeux Estât, triomphant du malheur,

le me treuue en ma Cour accablé de douleur.

Quand ie mets à couuert la Fortune publique,

Vn Monstre plus cruel que tous ceux de l'Afrique,

Tout remply de malice et chargé de poison.

Ose bien m'attaquer iusques dans ma Maison.

Vn méchant déguisé sous vne vertu feinte

Me donne le sujet d'vne éternelle plainte;

Et dans son attentat par excez outragé ,

le me plains, ie peux tout, et ne suis point vangé.

Alez voir si Timon : mais ie le voy parestre.

Et bien qu'auez-vous fait? auez-vous pris ce Traistre?

TRAGICOMEDIE. Ç^-j

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