‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 22 sur 89 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ROSELIE. ARISTE.

ROSELIE.

T bien, Seigneur? et bien, vous auez veu le Roy. A-t'il tousiours pour moy la mesme réuerie? Subsiste-t'il tousiours dans la mesme furie?

ARISTE

Il ne s'en peut guérir, il vous ayme tousiours; Toutesfois ses desseins vont prendre vn autre cours. Pour vous rendre visite il viendra tout à l'heure.

ROSELIE.

Seigneur, s'il est ainsi, permettez que ie meure, Sur mon honneur sans doute il désire attenter, Il demande ma mort, il faut le contenter.

ARISTE

Nullement, vostre mort n'est pas ce qu'il demande. Ne vous emportez point d'vne terreur si grande, Le feu qui le consume est fort respectueux. Il n'a plus de desseins qui ne soient vertueux;

Et TefFort qu'il veut faire est vn effort estrange; le dis à nostre gloire autant qu'à sa louange, Vous pourrez en son lict coucher auec honneur.

ROSELIE.

Seigneur, que dites-vous? quel estrange bonheur?

Sous ces conditions il faut qu'il vous possède.

ROSELIE.

Quoy? vous me condamnez à trahir Palamede? Sans craindre les malheurs qu'il en arriuera.

ARISTE

Si vrayment il vous ayme il s'en consolera.

ROSELIE.

Mais qui me lauera de cet acte infidelle?

ARISTE

La volonté du Roy vous rend moins criminelle.

ROSELIE.

Et que peut sur les cœurs son absolu pouuoir?

ARISTE

En vn cœur bien logé, l'amour cède au devoir.

Faut-il que vos désirs règlent ainsi Tenuie

De ceux qui par nature ont droict sur vostre vie?

ROSELIE.

Seigneur, pour euiter ce joug infortuné

le vous rendray le sang que vous m'auez donné,

Que ie meure à vos pieds.

ARISTE

Vous y mourriez rebelle.

Mais i'y mourray constante et non pas infidèle.

ARISTE

Vous deuez plus à moy qu'au reste des mortels.

ROSELIE.

Si ie vous doibs beaucoup, ie doibs plus aux Autels.

ARISTE

C'est vne résistance inutile et friuole; Il se faut relascher, i'ay donné ma parole.

ROSELIE.

Mais^ Seigneur, vous sçauez que i'ay donné ma foy, Sous cette authorité que vous auez sur moy. Me puis-je dégager où i'ay laissé mon ame Pour m'embrazer encor d'vne nouuelle flame?

Vous ne deuiez iamais m'y faire consentir,

Et l'approuuer si fort pour vous en repentir.

De moy, pour m'excuser de cette obéissance

Fembrasseray la mort, plutost que Finconstance.

Oiiy, la mort dissoudra ce légitime nœud

Quand on me cacheroit et le fer et le feu;

Quand ie n'aurais sur moy ni cheueux ni ceinture,

le sçauray promptement m'ouurir la sépulture.

Seigneur, il suffiroit de mon remors secret

Pour me faire mourir de honte et de regret.

le suis à Palamede autant que ie suis vostre.

Et s'il n'est mon Espoux, ie n'en auray point d'autre.

ARISTE

O courage admirable! ô grande fermeté!

le me rends, et luy rends encor la liberté.

Cette vertu brillante où ie voy tant de charmes

Resserre ma cholere, et fait couler mes larmes.

Ah ! ma fille ! suiuez vostre inclination ;

La constance est fort rare et non l'ambition

Vos nobles sentimens sont bien dignes d'estime.

Et mon commandement n'estoit pas légitime.

Cette solide foy que vous me faites voir

Resueille ma sagesse, et suspend mon pouuoir :

Cette fidélité, dont la grandeur m'estonne,

A qui la cognoist bien vaut mieux qu'vne Couronne.

le ne m'oppose plus à vostre volonté.

Et ie ne me sers plus de mon authorité.

Mais après ce refus, que faut-il que ie fasse Pour éuiter du Roy l'euidente disgrâce?

Vous sçauez à quel poinct ce trait l'offensera.

Seigneur, ne craignez rien, ma mort l'appaisera; Ma mort absolument de tous maux vous deliure.

ARISTE

Non, non, mes interests vous ordonnent de viure. l'aime beaucoup mieux prendre vn sentier hazardeux Qui pourra nous sauuer ou nous perdre tous deux.

ROSELIE.

Seigneur, prenez-le donc, il est bien nécessaire.

ARISTE

Voicy de quel biais ie prendray cet affaire. Pour rompre ce dessein ie luy vais soustenir, Mais r'entrez promptement, ie l'apperçoy venir.

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