LE ROY. ARISTE
LE ROY
Nfin quel est mon sort, qu'auez-vous fait Ariste? Et quel est le sujet qui vous rend ainsi triste?
ARISTE
Sire, disposez-vous à changer de dessein.
le n'en sçaurois changer, vous m'en parlez en vain.
ARISTE
le ne sçaurois non plus changer la destinée Qui dispose à son gré des liens d'hymenée.
LE ROY
Qu'entendez-vous par là? mais sans rien déguiser Il n'est point à propos icy de m'abuser. Vostre fille estoit-elle à quelqu'autre engagée Auant qu'à ma recherche elle fust obligée? Vous changez de couleur, respondez promptement.
ARISTE
Sire, elle l'estoit trop pour mon contentement,
Puis que Timpression dVne première flâme
Est d'ordinaire vn mal incurable en nostre ame,
le n'ay peu deuiner que vostre Majesté
Deust auoir tant d'amour pour si peu de beauté,
Et désirant de voir vn gendre en ma famille
l'auois desia fait choix d'vn mari pour ma fille.
Son cœur suiuant la loy de mon élection
A pris pour ce sujet beaucoup d'affection.
De vouloir maintenant esteindre cette flâme
C'est vouloir de son corps faire sortir son ame;
l'en ay fait mes efforts, mais inutilement,
Ils seront l'vn pour l'autre , ou pour le monument.
LE ROY
Quoy? sans m'en auertir vous auriez pris vn gendre? C'est vne liberté que vous ne pouuiez prendre.
ARISTE
Non, si i'eusse preueu ce tonnerre éclatant
Qui s'allume , qui bruit et tombe en mesme instant.
Et quand i'aurois preueu ces matières de plainte,
l'aurois vsé d'auis, et non pas de contrainte :
L'ame est inuiolable en ses secrets ressorts.
Et l'on ne contraint pas les cœurs comme les corps.
Tout ce que tient enclos le cercle de la Lune
Est composé de biens suiets à la fortune.
Nostre cœur seulement est en nostre pouuoir.
Les Dieux mesmes sans nous ne le sçauroient auoir.
Oui, ces Dieux dont les mains ont forgé le tonnerre, Ont arrondy le Ciel, ont suspendu la terre, Et des astres encor ont construit les Maisons, Réglant les iours, les nuicts, les mois et les saisons, S'il faut que nostre cœur à leurs loix ne responde. Ne sçauroient posséder ce petit point du monde.
LE ROY
Qu'inferez-vous de là?
Que vous n'attendiez; pas Que ma fille iamais se iette entre vos bras. En son choix légitime elT est trop engagée , Sa resolution ne peut estre changée.
LE ROY
parlant à Alfo7ise.
Cet Esprit qu'on a veu de malheurs atterré, Quoi que l'on m'en ait dit, est encor altéré. Et cet engagement qu'il dit de Roselie N'est qu'vn fantosme issu de sa mélancolie. Dites-moy donc quel est ce prétendu mari?
ARISTE
Vn Seigneur fort bien fait que vous auez nourri.
LE ROY
Astolphe.
ARISTE
Nullement.
LE ROY
Faut-il qu'on me le celé?
ARISTE
Sire, c'est Palamede.
LE ROY
O Dieux! cet infidèle Qui vient de me trahir et de l'empoisonner?
C'est dequoy l'on ne peut qu'à tort le soupçonner.
LE ROY
Comment l'en soupçonner? ô la foiblesse extrême : C'est vne vérité qu'il confesse luy-mesme; Roselie en mourant l'en chargeoit par escrit.
ARISTE
Sire, c'est vn discours qui confond mon esprit.
LE ROY
Que vostre fille vienne et nous le sçaurons d'elle.
ARISTE
Sire, il est à propos, il faut que ie Tappelle.