‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 26 sur 89 · HENRY DE LORRAINE · texte numérisé non relu

HENRY DE LORRAINE

ARCHEVESQVE ET DVC DE REIMS,

PREMIER PAIR DE FRANCE, &c.

ONSEIGNEVR,

le ne sçaurois retenir mon zèle, et m'empescher de produire vn acte public de la passion dont ie vous honore : Encore que

ToLiurage que i'ose vous présenter, ne soit pas digne de vostre grandeur, et qu'vne Pièce de si petit prix vous face autant paraistre mon impuissance, que ma tres-humble affection. Au moins, Monseignevr, puis que le grand Cirus se treuue aucunement dépeint en cette Tragédie, on peut dire qu'il y a quelque chose de précieux en mon offrande, et qui vous apartient iustement. C'est pour le moins vne peinture mal-faite d'vn Monarque bien fait, que i'offre à IVn des plus acomplis Princes de la Terre. Si vous me faites Thonneur de la regarder, vous y verrez beaucoup d'excellentes parties qui vous rendent digne de Testime de tout le monde, et beaucoup de trais de cette grandeur de courage et de céte force d'esprit qui vous font admirer de toute la France. Mais ce grand Miroir est trop deffectueux, et n'a pas as-

sez d'estenduë pour vous représenter tout entier. Encore que Xenophon nous ait voulu donner en ce Roy de Perse, Tirnage dVn Prince sans deffaut, et qu'il y ait employé beaucoup de soin; Il se treuue en vous vn effet plus excellent que son idée; et qui fait auoûer à tous que son Art est bien surpassé par vn effet de la Nature. Véritablement, Monseignevr, vous estes semblable à Cirus pour beaucoup de Vertus esclatantes : mais ie ne sçaurois me figurer qu'il peust estre pareil à vous, soit pour la beauté de la taille, la bonne mine, la cognoissance, Tagreable facilité de parler, et l'adresse en tous exercices. Chacun sçait que la merueilleuse science de gaigner les cœurs, est comme vne qualité naturelle en tous ceux de vôtre Maison; de mesme que la Pieté*, la Valevr et la Magnificence leur sont des vertus inséparables.

Mais peut-on dire qu'il y ait vn Prince qui la possède en vn plus haut point que vous ? et peut-on nier que vostre grâce n'ait d'inuisibles chaisnes dont personne ne se peut deflfaire ? De moy, MoNSEiGNEVR, dés le temps que i'eus rhonneur de me présenter deuant vous, ie demeuray tout ébloûy d'vne si grande lumière: ie me trouuay charmé de tant de rares qualitez : Et ne souhaitay plus de la force et de la santé qu'afin de pouuoir rendre à la Postérité quelque glorieux tesmoignage de vostre Vie. le suis bien asseuré qu'elle sera pleine de merueilles, si peu que la Fortune vueille fauoriser vostre vertu. Les voiles d'vn de vos Ancestres, MonsEiGNEVR, portèrent autresfois la terreur dans toutes les Mers du Leuant : on veid trembler toute l'Asie au bruit de ses arm.es, il arbora la Croix sur la Palme, dans la Palestine; Et s'es-

tant fait vn marchepied des successeurs de Mahomet, s'éleua glorieusement à la Royauté. Mais n'estoit que vous estes dans vne condition dont la tranquilité ne s'accorde guère auec le tumulte des armes, et dont la sainteté ne se dispense pas d'espendre du sang; Qui doute que si le Roy vous donnoit de Temploy pour faire la guerre aux infidelles, vous ne peussiez exécuter d'aussi grandes entreprises que vos Ayeux? Qui doute que vous ne portassiez heureusement ses armes sur le Bosphore, que vous n'aprissiez à ses Peuples à leur dommage que vous estes sorti du sang de GODEFROY? et quVne grande partie de la Noblesse Françoise ne s'enrichist sous vostre conduite, de la dépouille des Barbares? Quand vous retourneriez vn iour auec vne flote victorieuse de beaucoup de Nations infidelles, ces progrez. Mon-

SEIGNEVR, aporteroient du contentement à tout le monde, et ne donneroient de Testonnement à personne, ce ne seroient que des succès qu'on auroit attendus de vous; comme ce ne seroit que Tacomplissement dVne partie des souhaits que fait pour vostre prospérité,

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