‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 41 sur 89 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

DEVXIESME.

ROXANE, PANTHEE.

ROXANE

Adame, vn Suzien qu'on meine en vostre Tente- Dit qu'il est enuoyé par le Roy vostre espous , Et qu'il a de sa part quelques lettres pour vous.

Alons voir le Courier qu'Abradate m'enuoye ; Gharis à ce rapport ie nage dans la joye.

48 PANTHEE,

A.AAAAAAAAAAA

se E N E

TROISIESME

MITRANE, ARASPE.

MITRANE.

Raspe, sauuez-vous, estant bien aduerty Qu'on est prest de vous faire vn fort mauuais party.

ARASPE

Moy? que ie me desguise et que ie me retire

Pour emporter ailleurs ma honte et mon martyre?

le braue le malheur qui me peut arriuer,

Et ne sçay que la mort qui me puisse sauuer :

C'est la Diuinité que i'appelle à mon ayde,

C'est mon plus seur Azile et mon dernier remède;

Quelque estrange appareil qu'on face pour ma mort

le puis bien despiter les menaces du sort.

Penses-tu que mon ame en soit espouuantée

Apres auoir souffert les mespris de Panthée?

le n'ay plus rien à craindre après cette rigueur, Et ie vais accepter ma perte de bon cœur. Alons treuuer Cirus pour voir si mon audace Attendra sans frémir le coup de ma disgrâce, Tu sçauras s'il est vray qu'à l'objet du danger L'assiette de mon cœur soit sujette à changer.

MITRANE.

Nous l'auons assez veu dans le péril des armes, O Dieux!

ARASPE

Mon cher Mitrane, essuyé vn peu tes larmes, Puis que ton amitié monte iusqu'à ce poinct, Sers moy, ie t'en conjure, et ne me pleure point. Si l'Astre qui préside au poinct de la naissance Te donna pour Araspe vn peu de bien-veillance, Et si dans nos combats i'ay fait quelque action Qui fortifie en toy ceste inclination, le veux bien de ta foy des preuues plus certaines, Le dueil est inutile à soulager mes peines : Si mon triste destin te fait quelque pitié, Fay moy cognoistre mieux ta fidelle amitié, le m'en vais esprouuer ceste grande colère. Viens estre de ma fin le tesmoin oculaire. Et quand ta pieté m'aura fermé les yeux, Va treuuer de ma part ce Chef-d'œuure des deux ,

5o PANTHEE,

Cette Princesse altiere, et cette ingrate Reyne, Qui rejette mes vœux auecque tant de hayne, Cette Beauté superbe a qui ma passion Apporta tant d'horreur et tant d'auersion. Conte luy de ma mort l'agréable nouuelle, Dy-luy qu'en expirant i'ay tousiours parlé d'elle , Et que rendant l'esprit comme elle a désiré, Contre tant de rigueur ie n'ay point murmuré. Dy-luy qu'on n'a point veu qu'en expiant mon crime l'offrisse à son Autel vne indigne Victime, Et que voyant venir le coup de mon trespas, le n'ay rien tesmoigné de foible ny de bas. Despein-luy ma constance, et la mets en son lustre; lure luy que mon ame, estoit vne ame illustre , Et que dés le moment que i'entray sous sa loy, l'eus l'esprit, le courage, et la grandeur d'vn Roy. Elle n'est point de marbre, et tu verras possible Que ce triste récit la treuuera sensible : Peut-estre en son visage vn mouuement secret Fera voir de mon sort tant soit peu de regret. Mitrane, s'il est vray que ma perte la touche, Qu'il en puisse coûter vn helas à sa bouche, Vn soupir à son cœur, vne larme à ses yeux; Des lors ceste faueur me rend esgal aux Dieux, Et mon ombre la bas, de ces douceurs rauie, N'aura point désormais de regret à la vie.

TRAGEDIE. 5i

MITRANE.

Vous me faites mourir de tenir ces discours, N'auancez point ainsi, le terme de vos iours :

Artaba:^e entre auec des soldats.

Mais cet homme seuere et de mauuais présage Semble auoir vostre Arrest escrit sur son visage. Vous deuiez vous résoudre à partir promptement,

ARASPE

La chose est résolue, auançons seulement : C'est ce que ie désire.

MITRANE.

Et ce que i'apprehende.

Page 1