SCENE
CINQ.VIESME.
CIRVS, CHRISANTE.
CIRUS.
N vain par tant de soins et par tant de trauaux Fay fait entrer l'enuie au cœur de mes Riuaux :
Et la Fortune en vain conduisant la victoire
Ma tousiours assisté dans l'amour de la gloire,
Puis qu'vn ieune insolent a la témérité
De faire ce mespris de mon authorité.
Ma réputation se tache par ce crime,
On en void tout à coup descroistre mon estime,
Et de quelque façon qu'Araspe soit puny,
L'esclat de ma grandeur en demeure terny.
Comment? sans respecter les ordres que ie donne,
Fascher vne Beauté qui porte vne couronne ,
Dont mesme le mary se rend mon alié?
le Tauois fait trop grand, il s'est trop oublié.
CHRISANTE.
Sire, en toutes les Cours l'imprudence est commune A tous les ieunes gens qu'esleue la Fortune; L'homme foible et léger sans vn secours diuin S'enyure de faueur comme Ton fait de vin. Il treuue en s'esleuant que ses sens le trahissent, Que la teste luy tourne, et ses yeux s'esblouyssent; Et comme sans mesure il veut tousiours monter, Son estourdissement le fait précipiter.
Mais Araspe abusant d'vne bonté si rare, A fait à cette Reyne vn acte de barbare. Qui n'estant retenu d'aucun mors vertueux, Donne à ses apetits vn cours impétueux.
CIRUS.
Ah! ie l'ay trop aymé ce ieune téméraire, Qui sans doute est party de peur de ma colère; Des plaintes de Panthée il aura sceu le bruit : Mais voicy l'insolent qu'Artabaze conduit , Dites-luy qu'il s'auance,