‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 68 sur 89 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

FAVSTE, à quoy te rcsoudras-tu Entre rAmour et la Vertu Qui tiennent aujourd'huy ton Ame balancée?

Desia la Crainte et le Désir

Font des ligues dans ta pensée; Il faut laisser ou prendre, il est temps de choisir.

le voy THonneur qui dVn costé

Monstre sa seuere beauté; L'Amour paroist de l'autre entouré de délices;

Et la guirlande qu'il me tend

Esclate sur des précipices, Mais mon Ame est encline où le péril est grand.

Aymable chef-d'œuure des Cieux,

Chères délices de mes yeux, Et dont la triste absence est l'Enfer de mon Ame

Chrispe, dois-je manquer de foy,

Et deuenir toute de flame Pour celuy qui paroist tout de glace pour moy?

Suiuray-je vn objet si charmant;

Ou croiray-je le sentiment Qui veut rendre en mon sein cette ardeur amortie?

O dérèglement sans pareil !

C'est mon luge , et c'est ma partie Que ma raison troublée appelle à mon Conseil.

C'est cet Ennemy sans pitié

Dont les traits de mon amitié Augmentent aujourd'huy le mespris et la haine :

Et qui pour vne indigne amour

Rejette l'amour d'vne Reine, Qui fait voir sa puissance aussi loin que le iour.

Ma beauté ne le touche point; Et si ie m'abaissois au point De confondre à ses pieds, mes pleurs auec mes charmes.

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Le Cœur ingrat de ce Héros Braueroii Teffort de mes larmes Comme vn superbe Escueil braue celuy des flots.

N'importe, ie veux l'adorer :

N'en deussay-je rien espérer, Et quelque grand danger que mon cœur se propose :

le n'attens qu'vn funeste sort;

Mais si l'en regarde la cause , le ne sçaurois périr d'vne plus belle mort.

Fauste, dans quel excez ton amour te transporte, Ne dois-tu pas rougir de parler de la sorte? C'est trop t'emanciper, c'est trop ; mais pour le moins Ces licences d'amour s'expriment sans tesmoins, Ce n'est qu'à mes pensers seulement que ie m'ouvre : Le Ciel void nos pensers, et par fois les découvre. « Le Ciel est indulgent aux crimes amoureux; Souuent des Criminels il faict des Malheureux. «

Quel crime en ces pensers, si ie cache ma flame? Toute l'horreur du Crime a sa source dans l'ame. «

Est-ce vn crime d'aimer où l'on voit tant d'appas? C'est enfreindre la loy qui ne le permet pas. «

Mais si nous le voulons les loix nous sont sujettes : Mais nous en dépendons, car les Dieux les ont faites. «

Si faut-il succomber sous vn si doux poison, » Il vaut mieux sur ses sens esleuer sa raison, Le souhait en est doux, la honte en est sensible; Quittons donc ces desseins; mais il m'est impossible. O que de sentimens Tvn à Fautre opposez! Que de pensers de glace et de traits embrasez! Que lunon la Nopciere est pour moy rigoureuse : Et pour tout dire, enfin, que ie suis malheureuse. Qu'il en puisse arriuer ce que le Ciel voudra, Au moins rien de honteux ne nous diffamera, Nous n'aurons qu'vn désir qui sera légitime, Quand l'amour est honneste, aymer n'est pas vn

crime.

Faymeray les appas dont il est reuestu, Comme vn esprit bien nay peut aymer la Vertu; Mes feux se garderont d'offenser la Nature, Ma flame sera grande et se maintiendra pure.

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