SCENE III
CHRILPE, CONSTANCE.
CHRISPE»
E vous le iure encore, ô ma belle parente, Que ie r'affermiray vostre Fortune errante. Que ie vaincray des miens Timplacable courroux. Ou que i'auray l'honneur de mourir prés de vous. Essuyez donc ces pleurs dont la course rauage Les roses et les lys de vo.-^tre beau visage; Et de vostre penser chassez les desplaisirs Qui font entrecouper vostre voix de soupirs; Suspendez la douleur qui vous tient abatuë, Donnez quelque relâche à Tennuy qui vous tuë. Armez-vous vn moment de resolution.
Soyez toute Constance en cette occasion. Je confesse que Fauste a Thumeur fort altière, Qu'en tous ses scntimens elle est assez entière. Et mesme qu'en celui qu'elle m'a tesmoigné A la presser beaucoup, i'aurois fort peu gagné.
DE CHRISPE. 29
C'est pourquoy luy contant Taiianture importune, Qui confondit ma gloire auec vostre infortune; Tay couuert mon amour du tiltre d'Amitié, Tay déguisé ses traits des traits de la pitié. Et n'ay pas tesmoigné qu'ayant causé vos larmes, le fusse au desespoir du bon-heur de mes armes : Ou i'en ay fait cognoistre vn regret apparent. Non comme vn seruiteur, mais bien comme vn parent; Enfin sur ce discours ie l'ay si bien flatée Qu'à vous fauoriser elle est toute portée , Et vostre esprit craintif ne doit point redouter De l'aller voir encor pour l'en solliciter : Croyez que i'ai rendu cette entreueuë aisée. Elle est à vous seruir à peu prés disposée. Et nous mettrons bien-tost la chose au dernier point.
CONSTANCE
Seigneur, en cet espoir ne vous trompez-vous point? l'ay connu dans ses yeux vne secrette haine Qui rejettoit ma plainte, et me souffroit à peine. Et ses regards altiers faisoient assez sçauoir Qu'elle ne prenoit point de plaisir à me voir ; l'ay peur d'en receuoir quelque mauuais visage.
2ro LA MORT
CHRISPE.
Madame, sans sujet vous prenez cet ombrage.
CONSTANCE
Son Orgueil me pourroit traitter de haut en bas, Et ie suis dVne humeur à ne le souffrir pas : Car bien que i'eusse en teste vne forte partie, A peine vn trait piquant seroit sans repartie.
CHRISPE.
Vouloir d'vne affligée accroistre la douleur?
CONSTANCE
On appréhende tout estant dans le malheur.
CHRISPE.
Pour auoir ces pcnsers Fauste est trop généreuse.
CONSTANCE
Constance pour tout craindre est assez malheureuse.
CHRISPE.
Madame, vostre peur vous le fait figurer :
DE CHRISPE.
CONSTANCE
Seigneur, vostre désir vous fait tout espérer.
CHRISPE.
Mais on vient de sa part nous dire quelque chose.